Il faut se débarasser du smog Smog has be cleared

Publié le : , par  Morgane

Editorial de Sunita Narain

Down To Earth, 30 novembre 2012
Traduction : Aurélie Marc, stagiaire au Crisla.

Alors que le CSE a remporté une victoire en 2002 contre la pollution par les bus diesel à New Delhi, le développement du parc automobile et le lobbying des fabricants rendent de nouveau l’air irrespirable…

Perdre après une victoire est le pire sentiment qu’on puisse éprouver. C’est ce que je ressens quand je regarde de ma fenêtre le smog épais et lugubre qui engloutit ma ville. C’était à cette période de l’année, il y a 15 ans exactement, que le Centre pour les Sciences et l’Environnement (CSE) débutait sa campagne pour le droit à un air pur. A Delhi, l’air était si infect qu’on pouvait à peine respirer. C’était à une époque où la pollution de l’air était un fléau encore inconnu. On savait peu de choses sur la nature de ce fléau et la toxicité des contaminants atmosphériques.

Notre premier combat a été d’établir que cet air était dangereux pour la santé. Mais ce ne fût pas chose facile étant donné que les scientifiques et les politiques Indiens faisaient tout pour écarter ces hypothèses. L’industrie automobile indienne n’en a même jamais entendu parler. C’était à une époque où il n’y avait aucune norme concernant le carburant ou les émissions de CO2 dans le pays. Le carburant indien contenait 10 000 ppm (parties par million) de sulfure (actuellement, il en contient 50 ppm).

Quand notre campagne a commencé à avoir de l’impact, le gouvernement et l’industrie ont commencé, eux, à piquer une crise. Nous avons soutenu que le taux de pollution de Delhi avait atteint un tel niveau que nous devions trouver une solution efficace et vite. Il n’était pas possible que Delhi améliore progressivement les carburants et les normes pour les véhicules. Nous avions besoin d’une grande idée pour initier un changement, donc nous avons suggéré qu’une transition au gaz naturel comprimé (CNG) pourrait être la meilleure option car ses émissions contiennent bien moins de particules dangereuses que l’essence et le gazole. Si les transports en commun roulaient au CNG, tout en remplaçant progressivement les bus polluants et les véhicules trois-roues, les avantages seraient doubles : du carburant respectant l’environnement dans les transports publics et des transports publics qui à leur tour transporteraient plus de personnes.

Le gouvernement et les fabricants automobiles ont tout essayé : ils ont mis le feu à des bus au CNG juste avant une audience importante à la Cour Suprême, Un fabricant automobile majeur a mené le CSE au tribunal pour un procès en diffamation et 1 milliard de roupies d’indemnités. Leur position était que le gazole ne polluait pas. Et cela juste au moment où sortait une étude américaine qui prouvait que le gazole était très probablement un "polluant cancérigène atmosphérique".

Ces manigances n’atteignirent pas leur but. la Cour Suprême a suivi le CSE et ordonné l’abandon des bus diesel. Elle imposa une pénalité journalière pour chaque bus diesel non converti au CNG. Simultanément, les normes sur le carburant et les véhicules furent créées et améliorées. Tout cela a contribué à améliorer la qualité de l’air de Delhi. Les données montrent qu’entre 2002 et mi-2008, la pollution s’était stabilisée dans cette ville en pleine expansion. Aujourd’hui, il devrait être possible de respirer librement, de voir les étoiles la nuit.

Pourtant, depuis 2008, la pollution atmosphérique a augmenté régulièrement. C’est pire chaque hiver. Cette année, pendant que le froid commençait à s’installer, l’air immobile s’est chargé d’humidité et a ramené dans la ville ce smog en pire. Car en plus de cela, des images satellites de la NASA montrent un large panache de fumée, dû à des feux agricoles, arriver sur Delhi (les agriculteurs brûlent les restes de riz dans les champs). Somme toute, les bénéfices que la ville avait faits grâce à la transition au CNG sont perdus.

Le fait est que la population automobile de Delhi a explosé durant cette période. La ville enregistre 1000 véhicules par jour. C’est plus du double de ce qu’elle enregistrait avant la transition au CNG. Plus de 1,2 millions de voitures font quotidiennement le trajet entre Delhi et les villes voisines. C’est pourquoi même si les véhicules polluent moins (les normes sur la qualité du carburant et sur les émissions de CO2 ont été renforcées progressivement jusqu’à atteindre un coût considérable), la qualité de l’air reste mauvaise à cause de la croissance dramatique du nombre de véhicules.

Pire encore, la politique gouvernementale fait que les véhicules diesel se vendent. La différence de prix entre le gazole et l’essence donne l’avantage aux véhicules diesel. Les fabricants automobiles rigolent bien en se rendant à la banque, même pendant que vous et moi, nous étouffons. Le fait est qu’il est maintenant confirmé que le diesel est cancérigène. Et également que, pour les véhicules diesel, des niveaux plus hauts pour les NOx et les émissions de particules dangereuses sont autorisés "par la loi" par rapport aux voitures à essence. Une telle situation nous garantit que la pollution de l’air prendra à l’avenir des proportions menaçantes pour la vie. Qu’est-ce qu’on fait ?

La ville a clairement besoin d’une réforme de seconde génération sur la pollution de l’air, et rapidement. Aucune demi-mesure ne fera l’affaire. Dans le passé, des efforts ont été fait pour augmenter les transports en commun. On a ajouté quelques bus dans le service de bus public, on a construit et commandé environ 200 km de lignes de métro et un arrangement a été conclu entre les transports publics et un service privé de bus. Mais tout ceci reste insuffisant. Delhi peut et doit réinventer son système de mobilité. Jusqu’à aujourd’hui, les voitures ne servent qu’à 15% des trajets quotidiens pour se rendre au travail, pourtant la pollution qui en émane est lentement en train de nous tuer. A peine 40% de la ville se rend au travail en transport privé. Le reste prend le bus, marche ou se déplace à vélo. Pire, il n’y a absolument pas de budget pour les trajets inter-cités en transport public. Le seul moyen que nous aurions serait de créer un système homogène où on peut prendre le métro, le bus, les transports privés et le vélo. Il faut que ce soit réalisé d’une manière qui fasse la différence. Il faut que ce soit réalisé immédiatement et tous ensemble. C’est ce que nous avons retenu de la transition au CNG.

Cette ville doit également interdire le diesel. Soit en augmentant considérablement le prix, ou juste en interdisant son usage pour les voitures privées. Il n’y a pas d’autre moyen de dépolluer l’atmosphère. Je sais que l’industrie automobile va se battre contre cela, en argumentant que le diesel produit une énergie propre, que la croissance industrielle est nécessaire au futur économique de l’Inde. Mais souvenez vous que ce combat est une question de vie ou de mort.

Notre Terre n°41 - juillet 2013

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