Les dangers écologiques de la randonnée touristique On wrong trek : The ecological perils of commercial hiking

Publié le : , par  Morgane

Abhishek Bhati

Down To Earth, 1-15 janvier 2013
Traduction de Aurélie Marc, stagiaire au CRISLA

La beauté sereine de la Nature, des forêts vertes et luxuriantes, des printemps clairs comme le cristal et des étoiles qui scintillent à travers la nuit : c’est ce genre de spectacle qui attire les randonneurs dans les montagnes d’Uttarakhand. Nous aussi, nous ne pensions qu’à la beauté de la région quand nous avons planifié notre randonnée à Roopkund. Le lac glaciaire situé à 4200m au dessus du niveau de la mer est connu comme l’endroit où un garde forestier de la réserve de gibier de Nanda Devi a découvert plus de 500 squelettes en 1942. La datation au carbone 14 a révélé que les squelettes appartenaient à un peuple qui vivait entre le 12e et le 15e siècle.

Roopkund est également célèbre dans la communauté des randonneurs pour ses fabuleux points de vue sur les sommets de Trishul. Nous sommes parti de Lohajung, notre camp de base, et avons traversé Rishikesh, Devprayag, Rudraprayag, Srinagar, Karanprayag et Dewal. Après 20h de trajet, nous avons atteint notre destination et avons réussi à trouver un hôtel bon marché qui offrait une vue pittoresque sur le célèbre Nanda Ghumti. Ce que nous ne savions pas, c’est que l’expérience se verrait bientôt entachée.

Le lendemain matin, nous avons commencé l’ascension du Bedni Bugyal depuis Wan par les prairies. C’était la dernière route carrossable. C’était un sentier très raide et nos lourds sacs à dos rendaient la randonnée encore plus enthousiasmante. Nous étions régulièrement surpris du nombre étonnant de troupeaux de chevaux et d’ânes qui portaient les bagages des randonneurs et les denrées alimentaires à travers les sentiers étroits de la montagne. Le chemin était recouvert de bouse d’âne et il y avait des flaques d’urine malodorante à de nombreux endroits : un terrain très propice à la reproduction des moustiques et des mouches. Des emballages de biscuits, de chocolats, de gutkha et de paan masala jonchaient le sol du sentier.

Le Bedni Bugyal ressemblait à une aire de pique-nique du dimanche, presque semblable à la Porte de l’Inde à New Delhi avec des tentes colorées de toutes les tailles qui s’érigeaient tout le long de la prairie. Après le repas, nous nous sommes baladés dans les environs pour voir la tente de restauration avec sa longue table et ses chaises pliantes où un groupe de randonneurs plaisantaient allègrement pendant qu’on leur servait un somptueux repas. Tout cela venait troubler la tranquillité de la prairie.

La randonnée de Roopkund n’est pas le seul exemple de la surexploitation à but commercial de la randonnée. Plusieurs journaux et carnets de voyage ont rendu compte de la pollution environnementale le long des sentiers de randonnée comme ceux de la vallée de Kullu au Himachal Pradesh et ceux de Yuksom au Sikkim. Les compagnies commercialisant ces circuits de randonnée, comme Indiahikes, exploitent la soif d’aventure des touristes sous prétexte de rendre la randonnée accessible dans les régions les plus reculées. Un livreur de nourriture de Bhedni nous a raconté qu’en une seule session, Indiahikes envoyait 200 randonneurs, payant chacun 9000 roupies.

La randonnée de Roopkund est un exemple de la sur-commercialisation de la randonnée.

Pendant les trois jours que nous avons passés nous avons pu voir trois groupes différents de touristes d’Indiahikes. Chaque groupe comportait au moins 20 personnes. Ces compagnies rendent la randonnée plus glamour, pour attirer les touristes (pour la plupart des employés) qui peuvent se permettre de payer de lourds frais d’inscription. Ces touristes s’attendent à des services de luxe comme de la cuisine raffinée servie en salle, des ânes pour porter leurs bagages, et dans certains cas, de l’eau en bouteille. Cela entraîne le déplacement d’ustensiles lourds, de tentes, de chaises, de tables et un trafic considérable le long des sentiers. Le fait de cuisiner génère une quantité considérable de déchets à la fois biodégradables et non biodégradables. Il y a également des restes de nourriture jetés au sol. Cette nourriture abandonnée négligemment attire corbeaux et aigles et rend le lieu bruyant et chaotique.

La mentalité des touristes se retrouve aussi dans l’approvisionnement en "tentes-toilettes" : c’est habituellement un trou creusé sous une petite tente pour que les randonneurs puissent faire leurs besoins en toute intimité. On creuse des trous chaque jour, puis on les recouvre de terre. Le processus normal de décomposition, plus lent en haute altitude, peut traiter les excréments humains de quatre à cinq personnes en une journée. Mais les tentes de Bedni en voient passer beaucoup plus. Il n’est pas difficile à comprendre que ces trous vont devenir des nids à bactéries et contaminer les eaux.

Il ne serait peut-être pas approprié ou possible de complètement éradiquer la randonnée à but commercial, étant donné que les marchés trouvent toujours leur voie pour trouver l’argent. Aucun doute sur le fait que le tourisme de randonnée injecte de l’argent dans les économies locales et fournissent un moyen de subsistance aux habitants du lieu. Mais le cœur du problème se situe au niveau de la surexploitation d’un écosystème fragile. Les entreprises parlent d’"effet de ruissellement". Cependant, la communauté locale ne reçoit qu’une minuscule partie des richesses générées au total par les compagnies de voyage.

Le gouvernement doit accroître son rôle régulateur et limiter le nombre de randonneurs. De lourdes amendes doivent être imposées à ceux qui jettent leurs déchets dans la nature ou qui brulent les matériaux non biodégradables. Actuellement, le rôle du Département des Forêts de Bedni Bhugyal se limite à collecter les droits de licence. En fait, un des représentants du département lui-même nous a conseillé de jeter nos déchets dans la nature à Bugyal-même car il considérait qu’il était insensé de les transporter jusque Wan, dans la vallée.

La communauté locale ne devrait pas se limiter à la fourniture de guides et de porteurs. Ces derniers devraient être formés et informés sur les dégâts environnementaux car ce sont eux qui dépendent de la forêt.
Abhishek Bhati et l’Indian Institute of Management de Bangalore travaillent sur les problèmes liés à l’entreprenariat durable et les politiques publiques.

Notre Terre n°41 - juillet 2013

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