L’énergie grise démystifiée Embodied energy demistified

Publié le : , par  Morgane

Avikal Somvanshi

Down To Earth, 15-31 janvier 2013
Traduction de Aurélie Marc, stagiaire au Crisla

Les matériaux de construction sont beaucoup plus énergivores qu’ils ne le paraissent. L’Inde est en retard en ce qui concerne les mesures pour limiter leur utilisation.

Les climatiseurs et les chauffe-eau étaient les plus gros consommateurs d’énergie dans cette habitation, du moins, c’est ce que croyait Atul Prakash jusqu’à ce qu’on lui parle de l’empreinte énergétique de sa nouvelle maison. L’analyste principal d’une multinationale basée à Hyderabad eut un choc en apprenant que lorsqu’il a emménagé dans son logement, il avait déjà consommé l’énergie qu’une maison consomme habituellement en un cycle de vie d’environ 80 ans.

Si les appareils consomment de l’énergie lors de leur fonctionnement, les matériaux utilisés pour la construction d’un bâtiment en consomment eux-aussi. L’énergie grise est la somme des énergies utilisées pendant le processus de construction, de l’extraction des matières premières, en passant par la fabrication de produits jusque leur transport et leur intégration dans les bâtiments.

Moins les processus d’extraction, de fabrication et de raffinage sont longs, moins l’énergie grise est élevée et plus le produit est écologique. On s’inquiète de réduire la consommation d’énergie lors du fonctionnement, ou l’énergie consommée par l’équipement permettant de faire fonctionner l’appareil, car cela touche la vie quotidienne. L’énergie grise est impalpable et donc, largement négligée. L’énergie grise d’un bâtiment peut être soit moindre, soit plus élevée que l’énergie qu’il consomme au quotidien. Si un bâtiment dépend fortement de ressources artificielles, son énergie au quotidien peut dépasser son énergie grise.

Mais évaluer l’énergie grise de manière précise est une chose difficile, déclare B. V. V. Reddy, professeur à l’Institut Indien des Sciences à Bangalore. C’est parce que l’énergie consommée dans la fabrication des matériaux de construction n’est connue que jusqu’aux portes de l’usine. A partir de là, le matériaux peut traverser plusieurs zones et en garder une trace n’est pas chose aisée.

Le chercheur G Ding de l’Université technologique de Sydney, a constaté que l’énergie grise d’une résidence varie de 3,600 à 8,760 mégajoules par mètre carré (MJ/m2) et que la consommation d’un local commercial est de 3,400 à 19,000 MJ/m2.

Les principaux contributeurs d’énergie grise

Le ciment, l’acier et la brique, les matériaux de construction de base, sont les principaux producteurs d’énergie grise. Leur utilisation ne peut être réduite que dans une certaine mesure. Les matériaux comme la céramique et les tuiles vitrifiées, qui sont hautement énergivores, peuvent facilement être remplacés par des matériaux comme la pierre qui le sont moins.

Les transports contribuent aussi à augmenter l’énergie grise. L’architecte de Delhi Deepandra Prashad déclare que les briques de cendres de combustion consomment moins d’énergie grise comparées aux blocs de terre stabilisée. Mais le coté écologique est perdu si ces briques parcourent plus de 50 km. C’est la même chose pour les matériaux de construction de bâtiments écologiques comme le bambou ou la boue.

Environ 25% du total de la demande en énergie primaire en Inde est consommée par les usines de matériaux de construction, déclare Reddy. En plus 15% est consommé pour leur manipulation. Les bâtiments représentent la plus grande empreinte écologique et énergétique. Globalement, les bâtiments consomment un tiers des ressources mondiales. En Inde, le secteur de la construction augmente de 30% les émissions de gaz à effet de serre, constate un rapport de 2007 du Réseau Indien de l’Evaluation des Changements Climatiques. Les entreprises déclarent compenser leurs émissions de CO2 en prenant des mesures comme planter des arbres et installer des ampoules à économie d’énergie dans des villages. Même si de telles mesures sont louables, la plupart des entreprises les prennent pour redorer leur blason écologique alors que leurs produits sont dangereux pour les personnes et pour l’environnement.

Afin de rendre l’endroit où nous vivons plus respectueux de l’environnement, des organismes de contrôle indiens incitent à choisir des bâtiments à basse consommation énergétique avec des outils comme la norme de conservation de l’énergie ECBC. Mais tout cela ne prend pas en compte l’énergie grise déjà consommée par les matériaux de construction, déclare Anurag Bajpai, le directeur à Delhi du Green Tree Building Energy Consultant.

Au Royaume-Uni et en Australie, les règlements de construction incluent le classement des matériaux en fonction de leur impact sur l’environnement. En Inde, on manque cruellement de recherches sur l’énergie grise consommée par les matériaux de construction, affirme Reddy. L’absence d’organisation du peu de recherches existantes rend l’inclusion de l’énergie grise dans l’ECBC plus compliquée.

"Il est important de prendre autant en considération la durabilité que la capacité au recyclage d’un produit" indique Prashad. L’utilisation de matériaux recyclés ou de récupération réduit l’énergie grise. L’investissement dans des produits recyclables ou réutilisés est également bénéfique. A certains moments, il peut être plus judicieux d’investir dans des produits qui ont une forte énergie grise s’ils ont une durée de vie aussi longue que celle du bâtiment plutôt que dans des produits avec une faible énergie grise qui devront être remplacés fréquemment, ou qui devront être entretenus très souvent.

Pendant que l’Inde prend lentement conscience de l’importance de réduire l’énergie grise, l’Occident est en avance dans sa tentative de réduire la teneur en carbone des matériaux. L’empreinte carbone prend en compte la source d’énergie et l’évaluation de son impact sur l’environnement. Ainsi le même produit conçu dans des usines différentes (une qui tirerait son énergie du charbon et l’autre de l’énergie hydroélectrique), peut présenter le même taux d’énergie grise mais des teneurs en carbone très différentes.

Les interdictions du gouvernement sur l’extraction minière de pierres, de sable et de terre, entre autres, indiquent une aggravation de la crise de la surexploitation des ressources. Les prix bas du marché des produits fabriqués à partir de ces matériaux, qui ont une forte énergie grise, compliquent le problème. Les produits à forte teneur en énergie grise devraient être plus chers afin de dissuader de leur utilisation," déclare Prashad.

Notre Terre n°41 - juillet 2013

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