Les beris* à la rescousse Beris to the rescue

Publié le : , par  Morgane

Shehfar

Down To Earth, 15-31 janvier 2013
Traduction de Aurélie Marc, stagiaire au Crisla


La reprise de la construction des structures de collecte des eaux pluviales étanche la soif d’un village du Thar
.

Malgré une situation proche de la sécheresse dans tout le Rajasthan cette année, les agriculteurs d’un petit village aux portes du désert du Thar ont fait une bonne récolte de fruits. Cet hiver, ils font pousser des légumes.

Il y a cinq ans, les habitants de Khidrat se sont battus pour organiser un réseau d’eau potable, sans parler de l’eau destinée à l’irrigation. En raison des faibles précipitations (voir tableau), non seulement les eaux souterraines diminuaient, mais elles étaient devenues saumâtres. Même les pompes les plus profondes ne puisaient que de l’eau salée. Chaque jour, femmes et enfants devaient parcourir plusieurs kilomètres pour trouver de l’eau potable. Ceux qui pouvaient se le permettre ont acheté de l’eau provenant des camions-citernes, ce qui peut coûter de 12 à 15 paisa le litre, selon la distance parcourue et la saison. En moyenne, une famille dépensait la moitié de ses revenus (plus de 1250 roupies par mois) pour acheter de l’eau potable.

"C’était étrange. Pendant des centaines d’années, les peuples de cette région s’en étaient très bien sortis sous ce rude climat. Ils avaient une grande expérience des récoltes d’eau de pluie et de la conservation des eaux souterraines," affirme Rajendra Kumar, coordinateur du programme à Gramin Vikas Vigyan Samiti (GRAVIS). Les activités à but non lucratif responsabilisent les communautés dans le désert. Mais les traditions ont été oubliées avec l’introduction de pompes vers la fin des années 1970, et quelques années plus tard, avec le canal du Rajiv Gandhi Lift qui garantissait l’eau à domicile.

Cependant, quelques villages en amont, dont Khidrat, n’ont pas bénéficié du canal. Le gouvernement a garanti leur approvisionnement en eau par camions-citernes. Ce qui était gratuit au départ devint bientôt un service payant. "Nous avons toujours dépendu d’un système de troc pour subvenir à nos besoins. Mais avec l’eau des camions-citernes, nous avons eu besoin d’argent," déclare Ram Kishan, un habitant. Les habitants de Khidrat et des villages voisins abandonnèrent l’agriculture et l’élevage pour devenir ouvriers et gagner de l’argent.

"Il devenait urgent de relancer les beris, puits de percolation traditionnellement utilisé pour recueillir l’eau de pluie et la stocker," affirme Kumar. Le village comptait 34 beris, mais ils étaient tous hors d’usage. En 2006 GRAVIS, avec l’aide du Centre de Développement du Logement Régional de l’université de Jai Narain Vyas Jodhpur, renova les beris et commença à en installer de nouveaux.

Un beri n’est qu’un puits peu profond en forme de cruche. L’embouchure mesure environ 50 cm de large et le fond a une largeur de trois à quatre mètres. L’endroit où on les place est stratégiquement sélectionné pour que l’eau de pluie soit dirigée vers le puits. Lors de la mise en place d’un beri, on arrête de creuser lorsqu’on rencontre une couche de craie ou de gypse. Ces strates permettent de retenir l’eau de pluie stockée, pendant que l’embouchure étroite évite les pertes liées à l’évaporation. Des beris peuvent contenir jusqu’à 500 000 litres d’eau, ce qui répond suffisamment aux besoins annuels de 10 familles.

Des plateformes surélevées en béton ont été construites, surmontées d’un couvercle pour éviter la contamination par les poussières et le trop-plein de surface. Selon la taille et la structure, un beri coûte entre 3000 et 15000 roupies. Quand on calcule au litre, l’eau provenant d’un beri revient moins d’une paisa, déclare Shrikant Bhardwaj, le coordinateur de secteur de GRAVIS. L’entreprise a jusque là construit et restauré 155 beris à Khidrat. Environ 90% des familles du village boivent de l’eau issue d’un beri.

Les efforts commencent à payer. Mangi Laal, qui se vante d’avoir le plus gros beri de Khidrat, affirme, "Je l’ai creusé avec l’aide de mon frère et de mes enfants. Cela ne m’a coûté que deux sacs de ciment, du sable, un couvercle et deux mois de besogne". Creusé afin de répondre aux besoins de sa famille, le beri de Laal contient suffisamment d’eau pour irriguer sa ferme. L’an passé, il a fait pousser du millet, des légumineuses, des pastèques ainsi que des concombres et a gagné 7000 roupies.

* Un beri est une structure en forme de cruche qui recueille l’eau de pluie et la stocke (autorisation : Gravis)

Notre Terre n°41 - juillet 2013

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