Démographie incontrôlable Out of control

Publié le : , par  Morgane

Certaines régions de l’Inde luttent toujours pour stabiliser leur croissance démographique.

Sonal Matharu, Down to Earth,16-30 novembre 2011

Le 31 octobre, lorsque Nargis, un nouveau-né en Uttar Pradesh, était déclaré comme la sept milliardième personne au monde, l’événement a donné l’impression à tout le monde que la population mondiale était plus que jamais en hausse. Au contraire, cet événement surgit au moment où le monde subit un changement démographique : la population se stabilise dans les pays qui abritent près de la moitié de l’humanité.

Selon le dernier rapport du Fonds des Nations Unies pour la population, la fécondité dans ces pays est de 2,1 enfants par femme ou moins. Ce chiffre magique est considéré comme le niveau auquel la population cesse de croître. La liste des pays qui connaissent ce changement démographique montre que la fécondité a baissé dans certains endroits surprenants. Le taux du Bangladesh est de 2,16, après avoir divisé par deux en 20 ans. En Iran, l’indice de fécondité est de 1,9, contre 7en 1984. Ironie du sort, la liste n’inclue pas l’Inde. La première à établir un programme de planification familiale en 1952.

Le gouvernement a maintes fois fixé des objectifs ambitieux et les a manqués à plusieurs reprises.
Une politique démographique adoptée en 2000 a appelé le pays à atteindre une fécondité de 2,1 en 2010. Cependant, cela ne risque pas d’arriver avant au moins cinq décennies. Selon le rapport de l’ONU, la population de l’Inde passera à 1,46 milliard en 2025, quand celle-ci dépassera celle de la Chine, pays le plus peuplé, avant de se stabiliser en 2060.

Néanmoins, la situation n’est pas aussi effroyable qu’elle le paraît. La croissance de la population du pays a ralenti ces dix dernières années. La fécondité a diminué de quatre enfants par femme, à 2,5 dans les années 1990. Neuf états, y compris la moitié Sud du pays ont déjà atteint une fécondité de 2,1 voir moins.
Le pays échoue principalement en raison de huit États : le Rajasthan, le Bihar, l’Uttarakhand, le Jharhkand, le Chhattisgarh et l’Odisha.

Ils contribuent de plus à l’augmentation de la population du pays, avec une fécondité de trois à quatre enfants par femme. Les démographes dénoncent la mauvaise gouvernance, le manque de services de santé publique efficaces ainsi que le faible taux d’alphabétisation des femmes.

Bien que la politique démographique nationale recommande trois ans d’espacement entre deux enfants et la stérilisation permanente du couple dans l’année du deuxième accouchement, ce ne sont que des lignes directrices. Contrairement aux pays comme la Chine qui a adopté des méthodes coercitives pour faire baisser leur population, l’Inde ne respecte pas ces lignes directrices.

Ces états pourront peut-être apprendre des autres états qui ont créé une atmosphère propice à une faible fécondité. Par exemple, au Kerala et au Tamil Nadu, les investissements dans la santé et l’éducation ont permis de faire chuter la fécondité à 1,7. « Les états du Sud se sont avant tout basés sur l’amélioration du système de soin de santé primaire et la prestation des soins d’urgence. Cela a eu un impact significatif sur leurs indices de développement humain, qui a conduit à la stabilisation de la population », explique K Chandramouli, ancien secrétaire de Ministère fédéral de la Santé et de la famille.

Shailaja Chandra, ancien directeur exécutif du Fond de Stabilisation de la Population Nationale est d’accord. Dans les communautés où le système de santé publique est déficient, les parents sentent que leurs enfants ne survivront pas. Alors que s’ils sont assurés que leurs enfants survivront, ils opteront pour moins d’enfants, dit-elle.

Un autre élément clé, selon les démographes, le taux d’alphabétisation des femmes. Aux alentours de 92 pour cent. Celui de l’État du Kerala est le plus élevé, suivi de celui du Tamil Nadu avec 73,86 pour cent. « Lorsque les femmes sont alphabétisées, elles négocient. C’est ce qui les rend plus autonomes » explique Poonam Muttreja, directeur exécutif de la Fondation, à but non lucratif, pour la population de l’Inde. Himachal Pradesh est le même type d’État. Le mariage précoce des filles y est strictement interdit. « Les filles qui ne se marient pas jeunes poursuivent leur études, ce qui les rend plus fortes » affirme Chandra. Éviter le mariage précoce des filles présente finalement un avantage. D’après l’OMS, les femmes qui se marient après 18 ans font leur premier enfant après l’âge de 20 ans ; elles ont plus de chance de survie. Couplé avec l’efficience du système de soin de santé publique, ce qui contribue à réduire les taux de mortalité maternelle et infantile. En 2009, les taux du Kerala était de 81 pour 100 000 et celui de la mortalité infantile était de 12 pour 1000. Les taux étaient respectivement de 97 pour 100 000 et 28 pour 1000 pour le Tamil Nadu. Cette année, le Bihar et l’Uttar Pradesh avaient respectivement 261 pour 100 000 et 359 pour 1000 de taux de mortalité maternelle et une mortalité infantile de 52 et 63 pour 1000. Un fort taux de mortalité maternelle et infantile conduit à des grossesses non désirées et à une fécondité finalement élevée.

Dans la plupart des zones rurales, bien que les gens veuillent avoir moins d’enfants, ils n’ont pas accès aux moyens de contraception. Cette absence de mesures pour le contrôle des naissances est responsable de 20 pour cent de la croissance démographique dans le pays, selon Muttreja.

Cependant, quelles que soient les mesures qu’on prenne, ces états ne pourront pas stabiliser leur population avant des décennies, explique Muttreja, « il y a dix ans, les gens avaient plus d’enfants. Nous avons donc un grand nombre de jeunes en âge de procréer, moteur de la croissance de la population pour 70 pour cent ».

Traduit par Oumi Aboutoihi

Notre Terre n°40 - février 2013

AgendaTous les événements

octobre 2017 :

Rien pour ce mois

septembre 2017 | novembre 2017