Mensonges, tromperie et déplacement de population Lies, deceit and relocalisation

Publié le : , par  Morgane

Les gens qui ont été déplacés de la réserve de tigre de Skariska déclarent qu’ils ont été privés de droits forestiers.

KUMAR SAMBAV SHRIVASTAVA Alwar ; Down to Earth, 1-15 mars 2012

Cela fait un an que Jairam Gurjar a été déplacé de son village à l’intérieur de la zone centrale de la réserve de tigres de Sariska au Rajasthan. Cependant, la maison qu’on lui a donnée à Mojpur Rundh près de Alwar et des champs de moutarde qu’on lui a attribués ne le rend pas heureux. Avec 24 autres familles, Jairam a été déplacé de sa maison ancestrale du village d’Umri par le service forestier, pour réserver de la place aux grands félins de la réserve.

Selon les lignes directrices de l’Autorité nationale de conservation du tigre (NTCA), une personne indépendante et ses fils adultes sont considérés individuellement éligibles à une indemnisation. Dans la famille de Jairam, seulement lui et un de ses deux fils ont reçu une indemnisation. « Les fonctionnaires du ministère ont dit que mon plus jeune fils et mon neveu (tous deux adultes) recevront la somme une fois qu’on se sera déplacé » selon Jairam. « Le village entier a été déplacé, mais nous n’avons pas reçu l’indemnité. Quand on a demandé pourquoi, ils nous ont répondu que c’était tout ce qu’ils avaient pour nous ».

Umri est l’un des 28 villages à l’intérieur de la zone centrale de la réserve de tigres. Après que Sharika ait perdu tous ses tigres en 2006, le gouvernement de l’état a décidé de déplacer les villages de la réserve. Depuis lors, un seul village a été totalement déplacé avant Umri.

Sur les 84 familles d’Umri, 28 ont été déplacées le mois dernier. Le département des forêts a affirmé que le déplacement était volontaire et que les résidents étaient heureux. Mais la réalité du terrain est différente. « Plus de 10 hommes adultes et quelques veuves du village n’ont pas reçu l’indemnité » explique le villageois Ranjeet Singh Gurjar. Il dit que ses fils de 25 ans n’ont pas encore eu d’indemnisation.

La loi sur le Droit forestier (FRA) prévoit que les habitants de la forêt ne peuvent pas être expulsés des zones forestières sans que leurs droits traditionnels sur les ressources forestières ne soient reconnus. A Alwar, la mise en œuvre du FRA n’a pas encore commencé, selon les habitants et les ONG.

"Les comités qui traitent des demandes au titre du FRA n’ont pas été constitués dans le district. Lorsqu’on a essayé de mobiliser le villageois pour réclamer leur droits forestiers, le département des forêts nous a restreint l’entrée dans les villages" explique Arman Singh de l’ONG Krishi Avam Paristhiki vikas Sansthan à Alwar.

En vertu du FRA, il est obligatoire d’obtenir le consentement écrit du conseil de village pour le processus de réinstallation et le forfait compensatoire proposé. Les résidents d’Umri ont dit qu’ils n’ont pas donné un tel consentement. "Ils ont pris les signatures de chaque famille sur le formulaire de consentement en leur mettant la pression. Ils nous ont même menacé de fausses accusations de délits forestiers" explique Chhotelal Gurjar. Les fonctionnaires de Sariska réfutent cette affirmation. "On a obtenu le consentement des habitants du conseil du village depuis longtemps. Les gens veulent un accès illimité aux ressources qu’on ne peut permettre, puisqu’il y aura une incidence sur la faune. Quand on restreint leurs activités conformément à la loi, ils prétendent qu’on est en train de les forcer à partir", dit Shekhawat. "Nous avons traité leurs revendications au titre du FRA en 2010 même" prétend-il.

Les lignes directives du NTCA proposent deux options de compensation. Premièrement, une famille peut prendre 100 000 Rs et sortir de la réserve sans implication quelconque du service de la forêt. A Umri, 31 familles ont opté pour l’indemnité financière. Deuxièmement, ils peuvent opter pour une réinstallation par le service des forêts. Sous cette option, 35 pour cent de l’offre globale (100 000 Rs) est utilisée pour acquérir des terres agricoles, 30 pour cent pour le règlement des droits forestiers, 25 pour cent entre dans la construction de maisons et 10 pour cent est donnée pour le développement des services communautaire.

Conformément aux lignes directives du NTCA, les fonctionnaires de Sariska proposent l’indemnité financière, mais ils ont modifié la deuxième option. Ils fournissent 1,5 ha de terres agricoles, un terrain de 500 m² et 250 000 Rs pour la construction de la maison. Il proposent également 100 000 Rs par famille pour le développement des services communautaires, mais ils ne prévoient rien pour le règlement des droits.

Conformément aux directives du NTCA, les villageois devraient avoir le choix du type de compensation. Cependant, au cours d’une réunion du comité de délocalisation du district de Sariska en 2008, une date butoir a été annoncée pour que les villageois décident du type de compensation qu’ils veulent. Si une famille n’arrive pas à choisir une option, on leur donnera leur indemnité en argent. Singh explique que dans de nombreux villages, même si les habitants veulent l’ensemble comprenant des terres et la réinstallation, le département des forêts les oblige à opteé pour de l’argent. "Pour de nombreuses familles, 100 000 Rs ce n’est pas assez pour compenser ce qu’ils avaient dans les forêts. Ils préfèrent un terrain car la valeur marchande d’un terrain s’accroît rapidement au fil des années. Mais le ministère insiste sur l’argent liquide, en arguant de la pénurie de terres" ajoute Singh.

Lors de la réunion, l’administration de Sariska a également déclaré qu’elle fournirait des installations de base comme l’électricité, les routes, l’école et un centre communautaire à Mojpur Rundh. Sultan Gurjar, nouvel habitant de Mojpur Rundh déclare : « Ils ont promis une connexion électrique pour un groupe de cinq familles. La plupart des familles ont investi dans des puits mais n’ont pas encore obtenu de connexion. Nous sommes obligés d’acheter l’électricité à 125 Rs l’heure ». Selon la FRA, la réinstallation ne peut avoir lieu tant que l’attribution des terres et les installations promises ne sont pas achevées. Shekhawat explique que le montant destiné au développement de services communautaires a été transféré au comité d’éco-développement du village. « Maintenant, c’est au comité de décider comment dépenser l’argent. Nous sommes en train de les guider » dit-il.

Jairam, quant à lui, se bat pour récupérer son gagne-pain. « J’avais environ 100 chèvres à Umri. Je gagnerai 500 Rs par jour en vendant du lait. Maintenant, la plupart de mes chèvres sont mortes car il n’y a pas d’accord pour le pâturage » explique Jairam. « Durant les six premiers mois, nous ne savions pas comment pratiquer l’agriculture. C’est seulement il y a trois mois que nous avons semé les champs de moutarde » ajoute t-il. Les fonds de compensation qu’il a reçu ont été dépensés pour la maison et le nivellement des champs. Le puits, la pompe et le raccordement d’électricité l’ont conduit à la faillite.

Traduit par Oumi Aboutoihi

Notre Terre n°40 - février 2013

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