La pollution : le grand égalisateur Pollution, the great leveller

Publié le : , par  Morgane

Sunita Narain, Down to Earth, 1-15 mai 2012

Une mère inquiète a appelé il y a quelques semaines. Elle voulait savoir si les niveaux de pollution étaient mauvais et si oui, à quel point. La réponse était simple et évidente. « Mais pourquoi avez-vous besoin de le savoir ? ». La prestigieuse école de sa fille, (que je garderai anonyme), avait envoyé une circulaire aux parents, informant qu’ils envisageaient de passer à des bus climatisés, car la pollution de l’air les inquiétait. Elle voulait savoir si c’était la bonne décision.

Ma réponse était différente. Le fait est que les niveaux de pollution sont élevés et nous devons trouver les moyens de les maîtriser. Mais la solution n’est pas de penser que les riches peuvent trouver les moyens d’éviter de respirer cet air, et maintenir ainsi la pollution à distance. Je lui ai demandé si l’école prévoyait également de construire un tunnel climatisé pour les allées ainsi qu’un gymnase climatisé pour que les enfants ne soient pas contaminés par cet air pollué.

C’est ironique : au lieu de lutter contre la pollution et d’exiger le changement, les personnes riches et célèbres des villes (beaucoup d’entre eux conduisent de grosses voitures et les alimentent avec du diesel) pensent qu’ils peuvent échapper à cet air empoisonné. Ils ont les moyens de se retirer de tout le système « sale » et même produire leur propre air pour respirer.

Mais y échapper n’est pas si simple. En fait, la pollution de l’air et la dégradation de l’environnement sont de grands facteurs d’égalité. Prenons en compte ceci : il est plus qu’évident qu’à l’intérieur d’un véhicule, la pollution est plus souvent un grand risque que celui de l’air extérieur, bien qu’il soit infect. Pire encore, les véhicules climatisés sont plus pollués que ceux qui ne le sont pas. Une étude récente en Chine (où les niveaux de pollution sont certainement mauvais), montre que l’air contenu à l’intérieur des bus climatisés était dangereusement pollué par des toxiques comme le benzène, le toluène et le xylène. Le niveau de pollution dans ces bus était plus élevé que celui des autobus ouverts. C’est facile à comprendre.

La pollution à l’intérieur d’un véhicule est causée par l’aspiration de l’air, (que les véhicules captent par les évents de l’extérieur) ainsi que « l’auto pollution », que le pot d’échappement d’un véhicule rejette dans la cabine des passagers à cause des fuites. Dans les véhicules climatisés et fermés, cet air piégé circule et devient encore plus concentré que l’air ordinaire, même pollué. Le système de climatisation n’est pas conçu pour filtrer le mauvais air. En Californie, où il y a également un grave problème de qualité de l’air ambiant, une étude a montré que les enfants qui sont dans les autobus scolaires avec les fenêtres fermées étaient exposés à de plus hauts et plus intolérables niveaux d’air polluant. Dans ce cas, les concentrations d’échappements à l’intérieur du véhicule étaient 2,5 fois plus élevées lorsque les fenêtres étaient fermées. Donc, si vous pensez que vous êtes « en sécurité » à l’intérieur de votre voiture, mon conseil est : abaissez la vitre et ne sentez pas cet air, mais criez plutôt que le niveau de pollution touche la santé de votre enfant ainsi que la vôtre.

On pense aussi que l’on peut fuir la pollution en se dirigeant vers des zones plus vertes avec moins de trafic dans nos villes et qu’on peut trouver notre îlot d’air pur. Mais détrompez-vous.

Dans les zones à fort trafic, en particulier le long des routes principales, la pollution de l’air est élevée. Dans la plupart des villes, l’utilisation croissante du diesel mène à des niveaux dangereux d’oxyde d’azote. Ce gaz est particulièrement élevé dans les zones à fort trafic et les routes principales. Ça, nous le savons. Ce que nous ne savons pas, c’est qu’il y a un autre danger présent et invisible : l’ozone, qui affecte directement nos poumons. Cependant, on ne va pas le trouver là où on s’y attendrait. Des niveaux élevés d’oxyde d’azote et d’hydrocarbure volatils interagissent avec la lumière du soleil pour former l’ozone. Toutefois, comme l’oxyde d’azote réagit ensuite avec l’ozone et le repousse en altitude, ce gaz dérive vers les zones où il y a peu de pollution. De cette façon, la quantité d’ozone est élevée dans les espaces verts de la ville. Ce polluant, formé à partir d’échappements toxiques des véhicules, trouve refuge où l’air est propre. Il n’est donc pas étonnant que les études limitées menées à Delhi (où les jours sont très chauds et largement ensoleillés) ont trouvé le plus haut niveau d’ozone dans les espaces verts de Civil Lines dans le Nord et dans le Sud à Siri Fort.

Les riches les plus puissants du monde croient également qu’ils peuvent survivre au changement climatique. Leurs émissions peuvent être la cause de ce problème catastrophique, mais ce sont les pauvres qui y sont vulnérables. Ainsi, les riches ne font rien pour réduire les émissions à l’échelle et au rythme nécessaires. Ils ne sont pas les victimes et ils peuvent « s’adapter ». Ils vont construire des digues pour se protéger du prochain orage et ils ont assez de nourriture et d’argent pour acheter leurs propres moyens d’échapper à la prochaine sécheresse ou inondation. Ils n’ont pas à s’inquiéter. Pas autant que cela.

C’est absolument faux. Le fait est que les riches peuvent avoir les ressources financières pour faire face aux catastrophes climatiques que le monde endure aujourd’hui. Cependant, c’est parce que l’augmentation de la température mondiale n’est que de 0,8°C avec une autre hausse de 0,8°C en cours. Mais c’est avant que la spirale du changement climatique soit incontrôlable, lorsque l’augmentation de la température moyenne mondiale n’atteindra 3°C et plus. A ce niveau, même les plus riches auront de la difficulté à survivre.

Par conséquent, soyons clairs qu’il n’y a pas d’échappatoire. Personne ne peut y échapper. Nous devons résister et nous battre. Et on doit gagner. C’est dans l’intérêt de chacun d’entre nous.

Post scriptum : L’école dont on m’a parlé a pris les devants et a acheté des bus climatisés. Les Indiens instruits sont manifestement des ignorants environnementaux.

Traductions de Oumi Aboutoihi, stagiaire au Crisla

Notre Terre n°40 - février 2013

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