Équité : la nouvelle frontière des négociations climatiques Equity

Publié le : , par  Morgane

SUNITA NARAIN, Down To Earth, 16-31 décembre 2011

En 1992, lorsque le monde s’est réuni pour discuter d’un accord sur le changement climatique, le concept de l’équité était simple : celui du partage des biens communs mondiaux. C’est à dire, un partage équitable entre tous. Cela n’a pas causé beaucoup de souci, dans la mesure où il n’ y avait pas vraiment de demandeurs. Cependant, cela ne veut pas dire que l’idée était immédiatement approuvée. Un petit groupe de pays industrialisés ont brûlé des combustibles fossiles depuis 100 ans et ont acquis d’énormes richesses. Ce club a dû décider de ce qu’il fallait faire pour réduire ses émissions en prétendant que tous les autres pays étaient également responsable du problème. En 1991, comme la Convention sur le climat était en cours de finalisation, un rapport publié par un influent think tank de Washington, a démontré par son analyse que l’Inde, la Chine et d’autres pays développés étaient également responsables des gaz à effet de serre. Anil Agarwal et moi avons réfuté ces propos en introduisant la question de l’accès équitable aux biens mondiaux. De plus, nous avons incontestablement prouvé que les pays industrialisés étaient les principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

En 1992, on a approuvé le fait que l’espace atmosphérique occupé aurait besoin d’être libéré afin de laisser un espace destiné à la croissance du monde émergent car les émissions sont le résultat de la croissance économique. Cette approbation entérine le principe de responsabilités communes mais a différencié les responsabilités en matière de réductions d’émissions de gaz. Un pare-feu a été établi pour séparer ces pays qui devaient réduire leurs émission afin de permettre au reste du monde de se développer. Cette année-là à Rio de Janeiro, les pays ont parlé de réductions drastiques de 20 pour cent en dessous du niveau de 1990 pour assurer la croissance ainsi que la sécurité climatique. Même à cette époque innocente, les négociations étaient âpres et dures. Les États-unis ont soutenu que leur mode de vie n’ était pas négociable et ont refusé d’ accepter tout accord prévoyant des réductions drastiques. En 1998, le Protocole de Kyoto a fixé le premier objectif légal pour ces pays bien en dessous de ce que le monde considérait comme nécessaire.

Vingt ans plus tard, l’idée d’équité est devenue une vérité encore plus gênante. A l’heure actuelle, il y a davantage de demandeurs pour l’espace atmosphérique. Des pays émergents sont apparus. La Chine, qui, en 1990, représentait plus d’un quart de la population mondiale et était responsable de seulement 10 pour cent des émissions annuelles, a contribué pour 27 pour cent en 2010. Par conséquent, la lutte pour l’espace atmosphérique est maintenant réelle. Alors que les pays riches n’ont pas diminué leur émissions, les nouveaux pays à forte croissance ont commencé à les augmenter. En 1990, les pays industrialisés représentaient 70 pour cent des émissions mondiales annuelles. En 2010, ils représentaient 43 pour cent mais ce n’est pas parce qu’ils ont libéré l’espace. Les nouveaux pays en croissance, en particulier la Chine ont occupé tout l’espace disponible. Les réductions d’émissions proposées il y a 20 ans n’ont jamais été observées ni appliquées. En effet, dans les pays les plus industrialisés, les émissions ont augmenté ou ont été stabilisées. Dans l’industrie du charbon et des économies extractives comme celles du Canada et de l’Australie, les émissions ont respectivement augmenté de 20 et 46 pour cent.
Le monde est à court d’espace atmosphérique et certainement de temps aussi. Les riches qui ont contribué aux émissions dans le passé et qui occupent encore une part inéquitable de l’espace en fonction de leur population vont-ils réduire leur émissions ? Demandera t-on aux pays émergents d’en prendre la charge ? Là est la grande question ainsi que l’inconvénient, sachant que le changement climatique n’est pas un problème lié au présent mais, aux contributions passées.

Les gaz à effet de serre sont stockés dans l’atmosphère pour longtemps. Cela signifie que toute discussion sur la façon dont la part de carbone sera divisée doit tenir compte du gaz qui a été émis dans le passé jusqu’à l’heure actuelle. Ainsi, alors que la Chine compte pour 27 pour cent des émissions annuelles, en termes cumulés (depuis 1950), aujourd’hui, elle n’en représente encore que 11 pour cent.
De même, l’Inde contribue à 6 pour cent des émissions annuelles mondiales, mais elle n’ est responsable que de 3 pour cent du stock d’émissions. Les pays riches, qui représentent moins d’un quart de la population mondiale, sont responsables de quelque 70 pour cent de ce fardeau historique. Ce stock de gaz est la cause d’une augmentation de 0,8°C de la température moyenne mondiale ainsi que 0,8°C de plus pour les années à venir, ce qui est inévitable. Pour garder l’augmentation de la température en dessous de 2°C, le monde a besoin de réduire les émissions de 50 à 80 pour cent en dessous du niveau de 2000 d’ici 2050. Dorénavant, l’équité n’est plus une idée morale, mais un défi de taille. C’est pour cette raison que les négociations climatiques mondiales ont atteint leur nadir à Durban. C’est pour cette raison que les États-Unis et leur alliés s’acharnent à supprimer toute mention d’émissions historiques dans tous les textes. C’est pour cette raison que le monde riche pointe la croissance des émissions en Chine et en Inde, en rejetant leur besoin de développement comme leur droit à polluer.

C’est aussi une idée difficile à faire entendre dans un monde qui se méfie de l’idéalisme et dans lequel tout le monde parle de justice distributive. Même les négociateurs du changement climatique ne croient pas vraiment que cette forme de socialisme pour le climat puisse se réaliser. Ils vous diront que le monde ne renoncera jamais et qu’il est trop avare pour donner de l’argent ou de la technologie aux pays pauvres pour une transition vers une croissance à faible émission de carbone.

Mais c’est uniquement parce qu’ils oublient que le changement climatique est le plus grand échec du marché. On ne peut utiliser le marché pour la régulation du marché lui-même. Pour éviter des changements catastrophiques, il est nécessaire de parvenir à un accord de collaboration qui sera appliqué. Et la coopération n’est pas possible sans justice ni équité. Il s’agit du pré-requis. Saisissons cette chance car c’est l’unique solution.

Traductions de Oumi Aboutoihi, stagiaire au Crisla

Notre Terre n°39 - juillet 2012

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