1706 tigres en Inde India now has 1,706 tigers

Publié le : , par  Morgane

Selon le dernier recensement ils étaient 1411 ; les experts ont des doutes.

Moyna, Down To Earth, Apr 16-30 2011

Il se peut que l’habitat des tigres en Inde diminue, mais la population de tigres augmente, selon le ministère indien de l’Environnement et des Forêts. Le 28 mars, le ministère a annoncé que 295 tigres ont été ajoutés aux estimations antérieures. Le recensement de 2006 a estimé le nombre de tigres en liberté à 1411, encourageant les campagnes « sauvez les tigres » financées par des sociétés centrées sur le nombre d’animaux. Le dernier recensement mené entre décembre 2009 et décembre 2010 montre que le nombre de tigres est passé à 1706 ; ce n’est pas un chiffre précis mais seulement une estimation. Quelques écologistes se montrent sceptiques sur cette augmentation spectaculaire. Des représentants du ministère de l’Environnement et des Forêts disent que le nombre de tigres s’est multiplié grâce aux efforts de conservation, aux études de nouvelles zones et à un système de recensement amélioré.

La dernière enquête a utilisé une procédure de double comptage, explique Y Jhala, un chercheur confirmé du Wildlife Institute of India, responsable de la coordination des recensements.

Des informations de terrain sur les empreintes de tigre, l’existence de proies, les conditions d’habitat et les menaces des perturbations causées par l’homme ont été recueillies par les patrouilles forestières. En plus on utilise des caméras reliées à un détecteur de mouvement dans les zones de comptage sélectionnées couvrant 10 500 km² soit 14,4 % de la zone de 72 800 km². Ces caméras ont photographié 615 tigres (identifiés à leurs rayures). Les informations rassemblées ont été extrapolées à d’autres zones. La population de tigres dans une certaine zone où ces caméras sont installées est prise comme base pour déterminer les populations d’autres zones similaires. Cette méthode de caméra avec détecteur de mouvement pour prendre des photos de ce prédateur extraordinaire a été mise en application lors des études de 2006 mais dans une zone beaucoup plus petite. Les estimations finales sont basées sur les constatations du recensement en trois étapes.

Les représentants du ministère de l’Environnement et des Forêts considèrent que la méthode utilisée lors du dernier recensement de tigres était scientifique et ne laisse pas de place à l’erreur. « Les évaluations finales, révisées par des experts, fournissent un résultat détaillé et statistiquement fiable pour notre pays », dit Rajesh Gopal, le directeur du Project Tiger au ministère de l’Environnement et des Forêts.
Le résultat a été présenté à la Conférence internationale pour la protection des tigres à Delhi. Le ministère de l’Environnement et des Forêts confirme que l’étude nationale sur les tigres de 2010 a recouru à plusieurs innovations, notamment les partenariats avec des organisations à but non lucratif comme Wildlife Trust of India, Aaranyak et WWF pour Nature-India. Pendant l’étude, l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire participait avec des analyses d’ADN d’échantillons fécaux pour évaluer le nombre de tigres dans chaque zone. Ce qui est remarquable concernant l’étude nationale sur les tigres de 2010, c’est qu’elle a pour la première fois essayé d’estimer la population de tigres dans les Sunderbans au Bengale-Occidental à l’aide de télémesures par satellites en plus des recherches d’empreintes. Pour la première fois, on a étudié la réserve de tigres de Sahyadri dans le Maharashtra. Le recensement montre que de nouvelles zones sont peuplées de tigres, comme la réserve naturelle de Palpur-Kuno et le parc national de Shivpuri, les deux dans le Madhya Pradesh.

Leur habitat a diminué de 17 pour cent.
Mais la croissance du nombre de tigres contredit quelques données du ministère de l’Environnement et des Forêts. Cette croissance est due en partie à l’ajout de nouvelles zones de comptage comme les Sunderbans. Les estimations de 2010 révèlent qu’il y a 70 tigres dans les Sunderbans, bien que le ministère de l’Environnement et des Forêts ait affirmé avant qu’il y en avaient 200. Les nouvelles estimations sont basées sur des photos satellites et caméras à détecteur de mouvement, alors que la précédente était basée sur le suivi de traces et de marques odorantes. Les Sunderbans sont un terrain difficile à surveiller, ce qui fait que les estimations dans cette région peuvent être fausses. On peut également constater une déconnexion entre le nombre croissant de tigres et le déclin des forêts. Pendant qu’on annonçait que le nombre de tigres avait augmenté, le ministre de l’Environnement Jairam Ramesh a informé que l’habitat du tigre s’était réduit en quatre ans de 9 millions à 7,5 millions d ’hectares. « Le corridor des tigres est sous haute surveillance, surtout dans le centre de l’Inde – Madhya Pradesh et le nord de l’Andhra Pradesh ». affirme-t-il. Ces deux états s’en sont mal tirés dans le recensement.

A quel point les caméras sont-elles fiables ?
Les écologistes ont des doutes sur la croissance du nombre de tigres, alors que leur habitat est en déclin. Ils expriment également des doutes concernant les caméras à détecteur de mouvement. « quarante pour cent des caméras utilisées partout dans le pays ne marchaient pas comme il faut. Elles ont été remplacées, réduisant de trois à quatre mois la période d’observation. Ainsi on ne peut pas être sûr des résultats », selon Nitin Desai de la Wildlife Protection Society of India qui lutte contre le braconnage et le commerce d’animaux sauvages et de parties de leurs corps. En plus il n’a pas été satisfait de la méthode d’extrapolation utilisée par les responsables des forêts pour atteindre le nombre de 1706. Les employés forestiers ne sont pas assez bien équipés pour se charger d’une telle opération et cela pourrait également être le cas dans d’autres états, dit Desai. Il ajoute que cela pourrait expliquer pourquoi les données du recensement ne seraient pas correctes. Selon des informations du Wildlife Trust of India, qui a participé à l’étude, près de la moitié des caméras fonctionnaient mal.

Selon Ullas Karanth, qui dirige le Centre for Wildlife Studies à Bengalore le procédé qui sert à estimer la population de tigres dans des zones spécifiques n’est pas scientifiquement acceptable. Il a publié des articles sur la protection des tigres et a aussi observé 3000 km² d’habitat de tigres dans le Karnataka. Pour M. Karanth la méthode d’extrapolation utilisée lors de l’évaluation 2010 est « linéaire et fondamentalement inadaptée aux réalités naturelles ou écologiques enregistrées ». L’estimation basée sur la densité de signes, comme les matières fécales et traces, et le comptage d’animaux peuvent considérablement varier. D’après M. Karanth, la zone de comptage choisie pour l’estimation de tigres était trop petite ; dans le Karnataka elle faisait moins de 300 km². La plus grande difficulté dans l’estimation du nombre de tigres est le fait que leur taux de natalité et de mortalité est très élevé. En un an une population de tigres peut augmenter ou diminuer de 20 %. « Mener une enquête tous les quatre ans, cela fait un écart trop grand pour déterminer des changements ou les causes d’un changement d’une population de tigres », prétend M. Karanth. Il suggère une observation annuelle et intensive, utilisant des caméras à détecteur de mouvement et des prélèvement d’ADN de la population étudiée (les tests ADN sont utilisés pour déterminer la descendance dans une aire) au lieu d’un recensement compliqué dans toute l’Inde mené tous les quatre ans. L’évaluation 2010 a coûté plus de 90 000 000 Rs.

Selon les experts le recensement 2010 est fiable.
Les scientifiques associés au recensement affirment que la dernière estimation était plus proche de la réalité. « Pour l’instant nous n’avons eu aucune méthodologie. Les chiffres de 2006 proviennent de l’emploi de quelques caméras à détecteur de mouvements, mais surtout des données rassemblées par des agents sur le terrain, qui sont donc douteuses », selon Ashok Kumar, le vice-président du Wildlife Trust of India. Il explique que l’évaluation de 2010 a ouvert la voie à une meilleure observation des tigres, car la zone qu’elle recouvre est plus grande et plus variée. Il ajoute que pour une amélioration de la protection des tigres il faut évidement garantir la présence de proies et améliorer l’habitat dans des lieux comme le Karnataka, qui possède le plus grand nombre de tigres en liberté – il y en a 300. « Ceci a été provoqué par l’amélioration des structures de gestion », selon M. Kumar, qui a insisté pour qu’on renforce la protection et pas seulement le recensement des tigres.
Des experts d’une douzaine de pays, qui ont également participé à la conférence internationale sur la protection des tigres, ont mis l’accent sur la nécessité de s’occuper du problème de pertes d’habitat et du braconnage qui continuent d’être les plus grands dangers pour ce félin rayé.

Traduction : Cédric Labry, stagiaire au Crisla

Notre Terre n°38 - nov. 2011

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