Un changement radical : Le bambou est une herbe The big idea for change : bamboo as grass

Publié le : , par  Morgane

Sunita Narain, Down To Earth, Apr 16-30 2011

Comme la politique est souvent lâche et que les changements se font lentement, une réforme d’un trait de plume est compliquée. L’élément essentiel que l’on doit trouver c’est cette grande idée qui peut avoir un impact à grande échelle et dans le temps. Je crois que la lettre du ministre Indien de l’Environnement et des Forêts, Jairam Ramesh, adressée à tous les gouverneurs, expliquant que le bambou n’est en effet pas du bois mais une herbe, en est une. J’avais déjà écrit pourquoi le bambou devait être considéré comme une herbe. Il pousse comme de la mauvaise herbe et grâce à sa productivité importante et sa polyvalence il peut mener à une énorme prospérité économique. Donc, si on en donne aux gens, pour qu’ils le fassent pousser, pour qu’ils le récoltent et lui donnent de la valeur, on leur donne de la prospérité. Mais les politiques étaient peu enthousiastes à l’idée de procéder à ce changement. L’Indian Forest Act avait progressivement classé le bambou comme bois ce qui signifiait que le département des forêts en avait le monopole. Ceux qui cultivaient du bambou dans leur jardin ne pouvaient pas récolter ou vendre cette herbe productive sans les nombreuses permissions du département forestier.

Aujourd’hui, où le mouvement d’Anna Hazare contre la corruption a conquis d’emblée le pays, il faut qu’on fasse le rapprochement. C’est une politique lourde qui provoque la corruption et le harcèlement. C’est la politique qui doit être réformée. Prenons un exemple, les gens ordinaires des villages et des forêts doivent graisser la patte de beaucoup de personnes et sont obligés de se battre pour recevoir l’autorisation de couper leurs bambous. Dans la plupart des États, les propriétaires d’arbres ont besoin d’ « une carte d’abonnement » pour pouvoir couper du bambou. Pour obtenir cette carte un propriétaire d’arbres aurait besoin d’un justificatif de revenus et faire ensuite sa demande d’autorisation pour le couper auprès du préfet ou du département forestier. Cela nécessiterait plus de dix permissions départementales différentes et de nombreuses visites dans les bureaux. Donc, la seule solution est de trouver un concessionnaire riche ayant de bonnes relations, qui peut trouver sa voie dans le système et faciliter la transaction. Dans tout cela, la personne qui fait pousser l’arbre se fait exploiter. Il n’y a aucun intérêt à faire pousser des arbres ou de l’herbe pour gagner de l’argent. Personne ne fait pousser des arbres. Le perdant c’est l’environnement.

Cela pourrait changer maintenant. La lettre de Ramesh montre bien que le Forest Right Act a changé le régime légal qui régit le bambou. Cette loi, passée en 2006, a « conféré le droit de propriété, de ramassage, d’usage et le droit de disposer des produits secondaires des forêts » aux populations tribales et autres habitants traditionnels de la forêt. La loi a également défini le bambou comme produit secondaire des forêts. La lettre demande aux gouverneurs d’ordonner à leurs administrations forestières de considérer le bambou comme produit secondaire des forêts et de « respecter les droits attribués aux communautés ». Il va falloir faire beaucoup plus pour garantir que le bambou soit vraiment considéré comme une herbe.

En fin de compte, c’est le changement dans les systèmes de gouvernance qui va modifier la façon dont nous considérons notre peuple et notre environnement. Anil Agarwal, le fondateur de Down To Earth, avait dit que si on n’encourageait pas les systèmes de gouvernance basés sur la transparence et la participation du public on ne pourrait pas se débarrasser de la corruption. C’est le système de gouvernance qu’il faudra modifier maintenant pour renforcer le pouvoir des gens, en évitant la surexploitation.

La lettre du ministre fait un grand pas dans cette direction, en disant que les assemblées villageoises auront le droit de délivrer des autorisation pour la culture du bambou dans les forêts où le droit a été attribué aux communautés ou alors sur des terrains privés. Nous avons besoin de systèmes administratifs qui assurent que l’autorisation ne soit pas attribuée aux personnes qui détruiront la forêt. Mais en tout cas, c’est le début d’une grande réforme. Imaginez seulement le potentiel. L’industrie papetière a besoin d’énormes quantités de matières premières et le bambou est le meilleur matériel pour produire la pâte à papier. Pendant ces années où l’on définissait le bambou comme un arbre, l’industrie et le département forestier se sont arrangés pour que le bambou et d’autres bois soient vendus à des prix beaucoup trop bas. De grandes parties de la forêt ont été louées à l’industrie. Cela a mené à la déforestation et peu à peu à un manque paralysant de matières premières pour l’industrie.

Mais cette politique a surtout dévalorisé les arbres des agriculteurs. Nos analyses montrent que l’Inde a besoin de 1,5 million d’hectares de bambou pour approvisionner l’industrie de la pâte à papier en matières premières.

Maintenant l’industrie peut se procurer les matières premières des petits propriétaires terriens et des villageois qui jouissent des droits des communautés forestières. Elle se verra obligée de payer les prix du marché ce qui n’augmentera que légèrement ses dépenses pour les matières premières. Mais en même temps cette relation acheteur-vendeur remettra de l’argent directement entre les mains des gens, réduisant le besoin d’aide au développement, qui représente également un coût élevé de transaction. Faire pousser des arbres peut être une bonne chose pour la croissance. J’appelle cela une grande idée parce que ce simple geste peut libérer l’économie du syndrome « croissance-sans-emplois ».

Ceci est le nouveau modèle de croissance verte que le monde cherche désespérément – créant la possibilité de bien-être économique en se chargeant de la régénération des forêts et surtout en créant une prospérité et un bien-être équitable pour tous. Le bambou dans la forêt et entre les mains des gens est l’une des grandes réformes pour un avenir vert. Espérons qu’on va saisir cette opportunité.

Traduction : Cédric Labry, stagiaire au Crisla

Notre Terre n°38 - nov. 2011

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