Vedanta et les leçons à tirer pour la protection de l’environnement. Vedanta and lessons in conservation

Publié le : , par  Morgane

Sunita NARAIN,Down To Earth, Sept., 2010

La loi sur les forêts de 2006, aussi connue sous le nom de loi sur les tribus répertoriées et autres habitants traditionnels des forêts, avait été adoptée après une très vive opposition, teintée d’amertume, des groupes de protection de l’environnement.

Ils affirmaient que la loi qui devait garantir des droits sur la terre aux populations tribales et autres habitants de la forêt conduirait à la destruction des forêts et de la vie sauvage. Pire, que ces droits permettraient aux entrepreneurs de s’approprier encore plus facilement les forêts. En d’autres termes, selon eux, reconnaître le droit d’une population sur sa forêt était une mauvaise idée.

La décision récente concernant la multinationale Vedanta, lui refusant l’autorisation de mener à bien son projet minier de bauxite en Orissa, doit être vu à la lumière de cette opposition. L’équipe d’experts du Ministre de l’Union de l’Environnement et des Forêts, dirigée par l’ancien haut fonctionnaire N.C. Saxena, a accusé le Gouvernement d’État de ne pas respecter la loi. Il révèle que la loi stipulant que les droits des populations tribales doivent être établis avant que le projet soit approuvé, n’a été que superficiellement appliquée. Plus important, la loi stipule que les communautés habitant les forêts doivent donner leur accord via l’Assemblée Villageoise (gram sabha) avant que le projet soit accepté. Selon le comité Saxena, cela n’a pas été fait. Pire encore, il a découvert que le Gouvernement d’État avait tenté de dissimuler cette négligence. Car en réalité, la population vivant à l’endroit où la mine devrait être construite est opposée au projet. Mais elle n’a pas été entendue.
C’est pour cette raison (et pour le non-respect par Vedanta des lois environnementales) que le Ministre a pris ce qui est clairement une décision forte contre une entreprise puissante.

Alors que nous nous réjouissons de cette décision en faveur de la justice environnementale et contre une forme de développement destructrice, nous devons nous poser la question : avons-nous réellement compris le problème environnemental dans ce pays pauvre qu’est le nôtre ?

Dans les années 70, quand le mouvement environnemental a pris racine dans le pays, il était animé par deux courants bien distincts. L’un était un mouvement de conservation de la vie sauvage : les années 70 ont ainsi vu les débuts de la politique de protection du tigre dans le pays. S’est alors développé le mouvement de préservation visant à assurer un habitat pour les animaux mais échouant à sauvegarder les droits et à répondre aux besoins des populations vivant sur les mêmes territoires.

Cette même décennie est né le mouvement Chipko, où les femmes de l’Himalaya se sont mobilisées pour protéger leurs arbres des coupeurs de bois.
Mais leur objectif n’était pas tant de protéger les arbres que de détenir le droit de les couper. Elles affirmaient aussi, mais peu de gens les ont entendues, qu’elles ne couperaient pas les arbres parce que la forêt était à la base de leur survie. Elles connaissaient la valeur de leur environnement.

Ce mouvement représentait l’autre courant de la conscience environnementale, courant qui a été perdu en cours de route. Nous avons en effet commencé à suivre le mouvement environnemental du reste du monde, qui détruit d’abord puis apprend à réparer et préserver. Il ne s’agissait pas pour le mouvement environnemental occidental de changer la manière dont nous faisions des affaires avec l’environnement lui-même.

Je crois que la raison pour laquelle nous avons suivi le modèle occidental est que nous ne faisions pas confiance aux pauvres du pays pour protéger l’environnement. Même quand il s’agissait de reboiser les terres que les hommes et les animaux utilisaient ou de réhabiliter des étendues d’eau dans les villages, nous faisions confiance aux officiels plutôt qu’à la population. Les politiques ont maintenu les gens hors de la forêt, en ont fait des occupants illégaux sur leurs propres terres et leur ont refusé leurs droits et leurs choix de développement.

Mais aujourd’hui, le mouvement environnemental indien moderne doit faire preuve d’humilité. C’est le militantisme de cette même population dont nous, environnementalistes des classes moyennes, nous nous méfions, qui a vaincu l’une des entreprises les plus puissantes du monde, Vedanta. Cela, c’est la lutte environnementale des très pauvres. Leur militantisme est motivé par le besoin de survivre. Ils savent que leurs moyens d’existence dépendent des ressources naturelles, de la terre, des forêts et de l’eau. Ils savent aussi que le développement intensif en capital et fondé sur l’extraction des matières premières ne prend pas en compte leurs besoins. Ils sont pauvres et seront encore plus pauvres une fois que la mine sera creusée ou la forêt coupée. C’est pour cette raison qu’ils se sont battus sans faiblir contre Vedanta. Soyons clair, ce n’est pas un mouvement du lobby vert né dans les villes. C’est un mouvement d’une tribu d’habitants primitifs des forêts qui vénèrent la montagne Niyamgiri. C’est la foi dans leur culture qui les a fait se battre.

Je me demande si leur victoire fera évoluer nos certitudes. Tirerons-nous la leçon de développement qui en découle : créer un modèle de croissance et de protection de l’environnement qui prend en compte les populations en tant que ressources pour le développement local ?

Il est important de comprendre que les mesures écologiques qui conduisent les populations hors des forêts sont aujourd’hui équivalentes aux assauts du lobby du développement qui leur ôte leurs ressources. D’un côté le développement a besoin de leurs terres, de leur eau et de leurs forêts. De l’autre la protection de l’environnement veut les jeter hors de leurs terres et de leurs forêts. La politique indienne sur les forêts a ainsi été globalement conduite suivant deux impératifs : soit extraire des ressources naturelles pour l’industrie, soit préserver ces ressources pour les animaux sauvages. Dans ce contexte, les populations ont de moins en moins d’endroits où aller. C’est pourquoi l’Inde est le témoin d’une colère croissante contre les animaux sauvages, de violences accrues dans les forêts et de la multiplication des destructions d’habitat.

Il est temps de faire confiance à la population. Quand tel sera le cas, alors seulement la victoire sur Vedanta et autres sera totale.

Notes
Lire l’article original en anglais : http://www.rinoceros.org/article9541.html

Traduction : Valérie Fernando, volontaire Ritimo en Inde

Notre Terre n°36 - avril 2011

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