Pas de répit pour le poisson hilsa Homeless hilsa

Publié le : , par  Morgane

Le poisson, qui vit dans les océans et nage à contre-courant pour aller se reproduire dans les rivières, se fait de plus en plus rare au Bangladesh.

Kaushik DAS GUPTA, « Homeless hilsa », in Down To Earth, Oct. 31, 2010

Le poisson, qui vit dans les océans et nage à contre-courant pour aller se reproduire dans les rivières, se fait de plus en plus rare au Bangladesh.

A Chandpur, à environ 150 km au sud de Dhaka, Anisur Rahman a une explication scientifique pour la situation difficile des pêcheurs.
Chercheur expérimenté à l’Institut de Recherche sur le Poisson du Bangladesh, Rahman explique : « En termes scientifiques, le hilsa est un poisson anadrome. Il vit essentiellement dans la mer mais au moment de la mousson, quand il est temps de frayer, le hilsa nage à contre-courant et retourne dans la rivière où sa mère lui a donné naissance ». Il ajoute que les meilleurs remontent la rivière le plus loin possible. « Mais il n’y a pratiquement plus de hilsa dans les rivières », dit Rahman, se faisant l’écho des pêcheurs de Barisal.

Le chercheur, qui a étudié les mouvements du poisson argenté pendant plus de 20 ans, dit : « Auparavant, le hilsa se déplaçait de la Baie du Bengale aux rivières du Bangladesh, la Padma et la Meghna, pour frayer. Il prenait aussi la route occidentale vers le Gange en Inde. Mais les rivières du Bangladesh étaient réputées pour être plus abondantes. Maintenant il y a plus de hilsa à l’ouest, dans les zones proches des eaux indiennes. » Il explique ainsi pourquoi les pêcheurs bangladais doivent s’aventurer toujours plus loin en pleine mer. Les îles de sable submergées ont augmenté dans l’océan près du Bangladesh ces dix dernières années. Le hilsa, qui préfère les migrations sans obstacle, s’est déplacé hors des eaux sous contrôle du Bangladesh, dit Rahman qui ajoute qu’il y a peu de recherches sur la prolifération de telles îles submergées.

G.C. Halder, son collègue à l’Institut, cite une série de raisons pour la baisse des prises de poisson. La rivière Padma, source du délicieux hilsa, s’assèche au cours de l’année. Quand il a été décidé de construire le barrage de Farakka au Nord du Bengale (Inde) en 1975, le débit de la Padma était de 65.000-70.000 cusecs pendant la saison sèche, entre avril et juin. Un traité indo-bangladais sur l’eau assurait un approvisionnement de plus de 50.000 cusecs jusqu’à la fin des années 80. Mais le traité n’a pas été renouvelé après 1988 et à la fin des années 90 le flux de la Padma est tombé à 30.000 cusecs en saison sèche, explique Halder en citant des documents du Département de l’Eau du Bangladesh. Cela a sonné le glas du hilsa d’eau douce.

Le barrage a mauvaise presse auprès de scientifiques indiens également. L’écologiste Parimal Ray, basé à Kolkata, est l’un d’entre eux. Il n’est pas d’accord avec l’affirmation de Rahman selon laquelle il y a plus de poisson dans le Gange indien, car le barrage de Farakka limite leurs déplacements. Ray pense que l’aménagement d’un passage pour les poissons aurait pu rendre la migration plus facile à travers le barrage. Mais aujourd’hui la zone située juste en aval du barrage est devenue un point de pêche indiscriminée. « Il n’existait pas avant la construction de Farakka. On voit parfois plus de mille bateaux de pêche attrapant les hilsa juste avant le barrage, car il agit comme un obstacle contre la migration des poissons », écrit Ray dans son livre Ecological Imbalance of the Ganga River ; its impact on Aquaculture (« Déséquilibre écologique du Gange ; son impact sur l’aquaculture »). Avant que le barrage soit construit, le poisson nageait en amont jusqu’à Allahabad dans l’État d’Uttar Pradesh.

Au Bangladesh, Halder attribue le déclin du nombre de hilsas à la pollution dans la Halda à Chittagong et dans les rivières du district de Sylhet. « Le hilsa n’est pas seul concerné. A une époque, les rivières de Chittagong s’enorgueillissaient de plus 70 variétés de poissons. La pollution industrielles et les barrages restreignant le flux de l’eau font qu’il ne reste plus qu’à peine 10 variétés », dit son collègue Rahman.
Les travaux de recherche de Rahman ont conduit le Gouvernement du Bangladesh à interdire la pêche des jatka (alevins) entre les mois de novembre et mars. « En 2002, nous avons pris conscience que le Bangladesh pouvait augmenter sa production de hilsa de 30.000 tonnes si les pêcheurs cessaient de pêcher les alevins », dit-il. Mais le scientifique refuse d’accorder trop de crédit à cette idée. Cette idée était déjà ancrée dans la tradition, explique-t-il. Pour les Bengalis, la saison du hilsa commence aux alentours de mars et se termine en octobre. Une théorie veut que les Bengalis associent la saison du hilsa à des événements religieux pour prévenir la surpêche. « Dans le passé, nous n’avions jamais de ilish [hilsa en Bengali] entre la fête de Lakshmi Puja (de mi à fin octobre) et celle de Saraswati Puja (début à mi février). Le dernier ilish devait être consommé après avoir offert une paire de poisson à la Déesse lors de Lakshmi Puja. Cette période coïncidait avec la saison où les alevins s’en retournent de la rivière vers la mer. Cela permet aux poissons de grandir et de se reproduire. Les Hindous comme les Musulmans respectent cette trêve ».
Ratan Dutta, co-directeur du Directoire des Pêches du Bangladesh, pense que les pêcheurs du Bangladesh ont abandonné cette tradition dans les années 90. « Au milieu des années 90, il y a eu un afflux de filets de pêche en provenance de Thaïlande. Les producteurs de filets se sont empressés de passer à des filets avec des mailles de 38 à 51 mm. Ils étaient parfaits pour attraper les alevins, même les enfants pouvaient les utiliser.

Nous avons une appellation locale pour ces filets, le ‘current jaal’. Les usines se sont multipliées dans les alentours de Dhaka », dit Dutta.
Ces usines ont été interdites en 1999 mais elles continuent à produire en toute impunité, notent les officiels des pêcheries. « Elles ont le soutien de personnes puissantes, » affirme Syeda Rizwana de l’Association des Avocats Environnementaux du Bangladesh. Rahman pense néanmoins que l’interdiction sur la pêche des alevins fonctionne. Les prises ont augmenté de près de 6.000 tonnes. Mais il dit aussi que les pêcheurs attrapent dans leurs filets 10.000 à 15.000 tonnes d’alevins par an. Les vendeurs portant des paniers remplis de wan et de petit ilish au marché aux poissons Karawan de Dhaka lui donnent raison. Le poisson se vend à 150 Taka.

Interdiction au Bengale Occidental
Les alevins de hilsa sont également une bonne affaire de l’autre côté de la frontière : la population du Bengale Occidental en Inde l’appelle le khoka ilish. En 2006, le Gouvernement d’État a interdit d’attraper des hilsas pesant moins de 500 grammes. Le Ministre de la Pêche de l’État affirme : « nos officiels font des descentes dans les marchés de gros ». Mais un officiel du département, qui ne souhaite pas être nommé, dit : « Le khoka, qui coûte environ 250 roupies le kilo est le seul ilish que les gens peuvent se permettre d’acheter ; cela alimente la pêche illégale. En 2006, le Département de la Pêche a décidé que des équipes feraient des descentes dans les marchés à intervalles réguliers mais cela n’a rien donné. »

Sarbani Basu, un enseignant de Kolkata, n’a rien contre le khoka ilish : « Il a un goût plus sucré que l’ilish du Gujarat. » Sa sœur Jayanti est cependant nostalgique des jours où le hilsa bangladais était typique d’un bon plat de mousson.

Traduction : Valérie Fernando, volontaire Ritimo en Inde

Notre Terre n°36 - avril 2011

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