Des chiffons aux serviettes hygiéniques Rags to pads

Publié le : , par  Morgane

Les groupes d’entraide de femmes fabriquant des serviettes hygiéniques à bas-coût sont prêts à approvisionner l’Inde rurale.

Kumar SAMBHAV SHRIVASTAVA, in Down To Earth, July 31, 2010

En juin dernier (2010), le Ministère de la Santé de l’Union indienne a lancé un programme de 1,5 milliards de roupies pour promouvoir la santé menstruelle parmi les adolescentes en milieu rural.
La non disponibilité et le coût élevé des serviettes hygiéniques sont des obstacles à l’hygiène menstruelle des femmes en Inde rurale. Le projet vise à offrir un paquet de six serviettes hygiéniques à 1 roupie pour les filles appartenant à la catégorie vivant sous le seuil de pauvreté. Pour les autres, le paquet coûtera le prix relativement modique de 5 roupies.

Approuvée par la mission nationale de la santé rurale, la première phase du projet couvrira 150 districts, visant 15 millions de filles entre 10 et 19 ans. « Dans la plupart des villages, les femmes utilisent des vêtements sales pendant leurs règles. Parfois le même tissu est partagé entre plusieurs femmes », raconte Sudha Tewari de l’organisation non gouvernementale Parivar Seva Sangha, basée à Delhi, qui a étudié l’hygiène des femmes pendant leurs règles dans les villages. « Au Rajasthan, certaines femmes utilisent des sacs de sable. De telles méthodes non hygiéniques provoquent des maladies, dont des infections des organes génitaux », ajoute-t-elle.
Face à de tels problèmes de santé, les militants ont exigé depuis longtemps un programme destiné à la santé menstruelle dans les villages. « Le ministère a travaillé sur le projet ces deux dernières années », dit un fonctionnaire. Il ajoute qu’il a été suggéré de s’approvisionner en serviettes hygiéniques auprès des groupes d’entraide qui fabriquent des serviettes à bas-coût, en particulier dans le Sud de l’Inde. L’équipe de la Mission Nationale pour la Santé Rurale a parcouru le Tamil Nadu pour rencontrer ces groupes d’entraide, suite à quoi le Ministère a décidé que 50 districts du projet seraient approvisionnés par les groupes d’entraide.

La clé réside dans le coût
Les groupes d’entraide (Self Help Groups) ont rencontré un grand succès dans le Sud de l’Inde. Le Tamil Nadu seul a environ 100 unités de production de serviettes hygiéniques. Chaque unité fabrique 30 à 50.000 serviettes par mois et les vend aux femmes pour 1 à 2 roupies par serviette. Un groupe, créé il y a 10 ans par Kannaghi Chandrashekhar du village de Puddukottai, a aidé 150.000 femmes dans et autour du village à passer du vieux bout de tissu à des serviettes hygiéniques.

Son groupe appelé WOMAN (Welfare Organisation for Multi-purpose Mass Awareness Network) produit 600.000 serviettes par mois et les vend à 2 roupies. « Nous avons commencé avec une petite unité. Nous fabriquions les serviettes en utilisant du tissu et du coton. Notre technologie a évolué et maintenant nous possédons six grandes unités qui produisent des serviettes de qualité industrielle à un coût minimal », dit Kannaghi. Les serviettes sont faites de pulpe de bois de pin, de coton et de tissu. Le coût de production de chaque serviette est de 1,20 roupie. L’unité de production vend les serviettes aux revendeurs pour 1,50 roupies et le profit permet de faire tourner l’unité.

Chaque unité de production emploi 10 à 12 femmes. Cela leur a permis d’améliorer leur qualité de vie. N. Noorjahan, 38 ans, est en charge d’une unité de manufacture chez WOMAN. En 2005, quand elle a décidé de travaillé avec le groupe, son mari, un conducteur de bus, gagnait 2.000 roupies et il leur était difficile de joindre les deux bouts. Aujourd’hui, elle gagne 5.000 roupies et ils mènent tous deux une vie plus confortable. WOMAN emploie aussi des personnes pour diffuser l’information sur l’utilisation et la destruction des serviettes. Sushila, 49 ans, travaillant chez WOMAN affirme qu’« elles peuvent être brûlées facilement sans polluer ».
Les groupes d’entraide gagnent de plus en plus en popularité au Karnataka, en Andhra Pradesh, au Maharashtra, au Gujarat et en Uttar Pradesh (UP). A Anupshahar, en UP, une école de filles dirigée par l’ONG Pardada Pardadi Educational Society (1) a installé une unité de serviettes hygiéniques à faible coût. Elle emploie ses anciennes étudiantes pour faire tourner l’unité, et vend aux étudiantes un paquet de 10 serviettes pour 5 roupies. Les membres des familles des étudiantes ont aussi commencé à en commander.

Aujourd’hui, avec le projet du Gouvernement, ces groupes espèrent étendre leur rayon d’action. Mais le Gouvernement risque aussi d’attirer les groupes privés. « Les serviettes peuvent être achetées auprès des groupes d’entraide pour 50 districts. Pour les 100 restant, il se peut qu’on lance un appel d’offre car la portée des groupes d’entraide est limitée », dit un fonctionnaire du Ministère de la Santé. « Le choix du type d’approvisionnement en serviettes sera laissé à la discrétion des États », ajoute-t-il.

Selon Abhay Bang, qui dirige SEARCH, une ONG de santé communautaire à Gadchiroli (Maharashtra), l’appel d’offre risque d’entraîner la corruption. De plus, cela ouvrira la voie aux multinationales pour investir le marché rural : « Une fois que les femmes des campagnes seront dépendantes de leurs produits, les compagnies

multinationales augmenteront leurs prix en fonction de leurs propres intérêts. C’est donc aux groupes d’entraide de fabriquer les serviettes hygiéniques, dans l’intérêt des femmes. »

Procter et Gamble (P&G), une multinationale fabricant des serviettes hygiéniques, refuse de confirmer si elle participera à l’appel d’offres.
En revanche, Kannaghi, de l’association WOMAN, est prête à participer aux enchères : « Excepté dans le sud de l’Inde, les groupes d’entraide n’ont pas forcément commencé à produire des serviettes hygiéniques à grande échelle. Nous pouvons échanger les technologies et les produits et leur permettre de remplir cette tâche ».

M. Santhanam qui dirige une unité de serviettes hygiéniques dans le Karnataka dit que le meilleur marché pour le Gouvernement serait d’acheter aux groupes d’entraide, tout simplement parce que cela lui reviendra moins cher.

Traduction : Valérie Fernando, volontaire Ritimo en Inde

Notre Terre n°36 - avril 2011

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