Une façade verte : quand les buildings clinquants sont certifiés verts A grenn facade

Publié le : , par  SCHMITT Odile

La mode des immeubles habillés de verre ne correspond pas aux contraintes climatiques indiennes, même s’ils sont certifiés « verts ». Ces certification semblent définies par les lobby industriels…

SUNITA NARAIN ; Down To Earth, 1-15 avril 2013

http://www.downtoearth.org.in/content/green-facade

Traduction de Marie Legendre, stagiaire au Crisla

Construire de manière écologique est sans aucun doute quelque chose d’important. Cependant, il est tout aussi important de savoir de quelle manière un bâtiment vert est vert. Prenons l’exemple des buildings clinquants et tout en verre qui surgissent de nulle part à travers le pays. Peu importe s’il se trouve dans le climat doux mais humide et venteux du Bangalore ou dans celui extrêmement chaud et sec de Gurgaon : le verre est à la mode. Je me suis toujours demandé comment les buildings presqu’entièrement en verre pouvaient fonctionner dans des zones climatiques si variées où tout à chacun a besoin de ventilation. Puis j’ai commencé à lire que le verre était un matériau « vert » et que les bâtiments utilisant généreusement du verre étaient certifiés « verts ». Comment cela se fait-il ?

C’est là que l’histoire devient intéressante. L’ECBC (Energy Conservation Building Code) a précisé les normes pour la construction de l’enveloppe (la façade extérieure) d’un bâtiment économe en énergie. La façade, en se basant sur le pouvoir isolant des matériaux utilisés pour la construction du toit et des murs, doit réduire la perte de chaleur. Si elle laisse passer la lumière du jour, elle doit aussi réduire la consommation d’électricité. Il est donc important, pour quelque building que ce soit d’avoir les matériaux adaptés pour sa façade extérieure.

Mais ce n’est pas ce que précise l’ECBC. Il détermine une proportion de baies vitrées et fixe la surface de façade d’un bâtiment qui peut être couverte de verre à 60 %. Cela signifie qu’un bâtiment peut être certifié “vert” et à basse consommation s’il est couvert de verre. Le code définit ensuite les spécificités du verre concernant l’isolation thermique et la consommation d’énergie qui doit être utilisée. Ainsi, du double ou triple vitrage, qui réfléchit les rayons du soleil, doit être préféré puisqu’il a une performance thermique supérieure. En d’autres termes, le verre de qualité supérieure peut réduire le gain de chaleur d’un bâtiment. Par conséquent, l’ECBC encourage l’utilisation extensive du verre et promeut un verre à hautes performances mais aussi coûteux et fabriqué par quelques sociétés haut de gamme.

D’ailleurs, Saint-Gobain est accessoirement (ou pas) le membre fondateur du Conseil Indien du Bâtiment Écologique, soutenu par la Confédération de l’Industrie Indienne. Le Code « vert » a en fait été crée pour que leurs affaires prospèrent.

Cela aurait été encore acceptable si leur prescription était juste. Cependant, les constructeurs rechignent à utiliser un matériau réfléchissant coûteux. Premièrement, le verre emprisonne la chaleur, donc, les bâtiments ont davantage besoin d’air conditionné. Les besoins en énergie grimpent donc en flèche. Deuxièmement, même lorsqu’un double ou triple vitrage est utilisé, il est évident que dans le climat extrêmement chaud de l’Inde, il ne fonctionne pas si bien. Une récente étude de l’IIT-Delhi à Jodhpur, Delhi et Chennai a constaté que plus il y avait de surface vitrée, plus la consommation d’énergie augmentait, quel que soit le type de verre utilisé dans le bâtiment. La conclusion était que les murs de verre réfléchissant coûteux ne font rien de plus pour réduire les coûts énergétiques que ceux en verre ordinaire.

N’oublions pas également que la lumière naturelle en Inde est une lumière vive, éblouissante, contrairement à certaines parties du monde occidental où le verre est utilisé pour réduire la consommation d’énergie destinée à l’éclairage. Donc, même si théoriquement, l’utilisation de verre optimise l’utilisation de la lumière du jour, cela reste en fonction de la quantité utilisée, où et comment. Par exemple, l’utilisation de verre -de quelque vitrage que ce soit- dans les façades sud et ouest d’un bâtiment sera mauvaise en termes de transfert thermique. Alors, même si vous utilisez du verre poli ou teinté où 50 % de la chaleur solaire se réfléchit sur la surface, 65 % de la lumière visible est malgré tout diffusée dans le bâtiment... Le transfert de chaleur peut être réduit, mais la lumière vive filtre à travers. Les bâtiments doivent ensuite avoir des stores pour réduire l’éblouissement, augmentant encore l’utilisation de la lumière artificielle et par conséquent les coûts en énergie.

Le mieux serait de protéger le bâtiment du rayonnement direct. Retourner aux méthodes anciennes d’ombrage des fenêtres. Et ne pas construire des bâtiments étanches et scellés, qui n’optimisent pas l’utilisation de la ventilation naturelle et de la brise afin de réduire les besoins en climatisation pendant certaines périodes de l’année. En fait, le verre nécessite de la climatisation, et les bâtiments deviennent alors énergivores. L’ironie c’est que ces bâtiments peuvent toujours prétendre à une étiquette verte lorsque le système de climatisation utilisé dans des constructions en cage de verre est plus efficace. Mal construire puis enrober, c’est le principe. De toute évidence, nous avons besoin d’une architecture plus appropriée et inventive.

Le pire, c’est que ce sont le gouvernement et les municipalités qui font passer ces codes, sans aucune preuve que les bâtiments certifiés écologiques fonctionnent de manière efficace. La NOIDA (« New Okhla Industrial Development Authority »), accorde une superficie de 5% de plus pour les bâtiments certifiés verts ; le Ministère de l’Environnement et des Forêts donne son autorisation de manière accélérée pour ces bâtiments. Mais les deux principales certifications - LEED ( « Leadership in Energy and Environmental Design certification ») et GRIHA (« Green Rating for Integrated Habitat Assessment ») respectivement délivrées par le CIGB (« Centre for India and Global Business ») et le TERI (« The Energy Resources Institute ») - ne publient pas de données sur le rendement des bâtiments écologiques après qu’elles aient été délivrées. Donc, même si les agences de notation assurent que les bâtiments écologiques certifiés économisent entre 30 et 50 % d’énergie et réduisent leur consommation d’eau de 20 à 30 % par rapport à un bâtiment « classique », elles n’ont pas de données concordantes pour le vérifier.

De cette manière, on est sûr que le vert n’est pas tout à fait vert. Et c’est ce qui est certainement bon pour les affaires, à défaut de l’être pour la planète.

Voir en ligne : http://www.downtoearth.org.in/conte...

Notre Terre n°42, Septembre 2013

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