Comment aimez-vous votre nourriture, Monsieur ? La question de la sécurité alimentaire en Inde How do you like your food, sir ?

Publié le : , par  SCHMITT Odile

Sunita Narain, Down To Earth, 16-31 mars 2013,
http://www.downtoearth.org.in/content/how-do-you-your-food-sir

Traduction de Marie Legendre, stagiaire au Crisla

Mon vendeur local de légumes vend de banals citrons emballés dans des sacs en plastique. J’ai alors pensé à une amélioration des normes de sécurité et d’hygiène. Après tout, si on va dans n’importe quel supermarché du monde riche et adepte des aliments transformés, on y trouvera de la nourriture soigneusement empaquetée pour qu’il n’y ait pas de contamination par les mains. Et une armée d’inspecteurs de l’hygiène qui vérifient tout, de l’usine de transformation aux approvisionnements des restaurants. Le principe est clair : plus on prête attention à la sécurité alimentaire, plus les standards de qualité seront élevés et par conséquent, plus les prix de la mise aux normes sera élevé également. Doucement mais sûrement, les petits producteurs sont mis à l’écart. C’est comme cela que fonctionne le business de l’alimentation.

Cependant, est-ce le bon modèle de sécurité alimentaire pour l’Inde ? Il est évident que nous avons besoin d’une nourriture sûre. Mais il est également évident que nous ne pouvons pas nous permettre de nous cacher derrière les petits producteurs pour dire que nous ne devrions pas avoir de standards rigoureux de qualité et de sécurité alimentaires. Nous ne pouvons pas affirmer que nous sommes un pays pauvre en voie de développement et que notre impératif est de produire de grandes quantités de nourriture et de le distribuer aux (trop) nombreuses personnes sous-alimentées. Nous ne pouvons l’affirmer car même si nous sommes pauvres et que nous avons du mal à produire plus pour toucher davantage de personnes, nous ne pouvons ignorer le fait que nous mangeons de la mauvaise nourriture qui nous rend malades. C’est un des doubles fardeaux que nous portons.

Un autre double fardeau concerne la nature de cette nourriture dangereuse. Le problème le plus nocif vient du frelatage - quand des personnes ajoutent délibérément de mauvaises choses à la nourriture pour faire davantage de bénéfices. En Inde, le lait mélangé à de l’urine ou des colorants chimiques ajoutés dans les piments ne sont que la partie visible de l’iceberg. Nous savons que nous avons besoin d’une législation efficace pour lutter contre cela. Mais c’est également un fait : ces scandales n’ont pas lieu qu’en Inde. Il y a quelques années, du lait contaminé par de la mélamine avait tué des bébés en Chine. Aujourd’hui, de la viande de cheval vendue comme étant du bœuf met l’Europe dans tous ses états. Il y a des gens peu scrupuleux dans ce marché qui concerne notre corps et notre bien-être.

La deuxième inquiétude concerne la sécurité de ce qui est ajouté à la nourriture quand elle est transformée. Il ne s’agit pas de frelatage puisqu’il s’agit dans ce cas d’additifs qui sont autorisés. La question est de savoir si nous en savons assez concernant leurs effets secondaires. Malheureusement et de manière invariable, la science découvre les problèmes trop tard. Par exemple, il y a eu une énorme dispute à propos des dangers des édulcorants artificiels, d’abord à propos de la saccharine puis de l’aspartame. Dans le monde de la nourriture fabriquée industriellement, le problème vient également du fait que chaque produit est couvert par des gens intéressés et qui prétendent qu’il est sûr et ce, jusqu’à preuve du contraire.

Nous ne savons bien souvent que bien peu de choses concernant les additifs autorisés dans notre nourriture. Par exemple, nous mangeons de la vanille en pensant que c’est la vraie reine des épices qui parfume les glaces et les gâteaux. Peu d’entre nous savent qu’en réalité la vanille utilisée dans la nourriture est de la vanille synthétique et que ce produit chimique, croyez-le ou non, a été récolté à partir des déchets des effluents d’usines de papier ou de composants de goudron de houille utilisés dans les usines pétrochimiques. Ce n’est pas cher et autorisé pour la consommation humaine par la Direction des Aliments et des Médicaments de différents pays.

Le troisième défi vient des toxines contenues dans nos aliments - des produits chimiques utilisés durant la culture et la transformation de la nourriture qui, même s’ils ne sont présent qu’en très petites quantités, représentent additionnées un apport toxique inacceptable. L’exposition aux pesticides à travers notre alimentation conduit à des maladies chroniques. Le meilleur moyen d’être sûr que les limites en pesticide ne sont pas dépassées est de gérer son panier alimentaire c’est-à-dire de calculer en quelle quantité et quelle nourriture l’on mange. Nous n’avons pas d’autres choix que d’ingérer un peu de poison pour nous nourrir mais comment le garder dans des limites acceptables ? Cela implique de mettre en place des limites autorisées de pesticide pour tout type de produits.

Il y a également les toxines qui ne devraient pas du tout être présentes dans la nourriture. Par exemple, le Centre pour la Science et l’Environnement (CSE) a trouvé il y a quelques années des antibiotiques présents dans du miel vendu sur les marchés indiens. Il y en avait parce que les apiculteurs industriels donnaient des antibiotiques aux abeilles car ce sont des facteurs de croissance et de contrôle de la maladie. Ingérer des antibiotiques nous rend résistants aux médicaments. Le CSE avait besoin et a obtenu des normes pour les antibiotiques contenu dans le miel destiné au marché intérieur. On ne peut pas nier que les petits producteurs de miel, qui ne peuvent pas gérer le fardeau de la paperasse et des inspecteurs, vont malheureusement être affectés. Mais cela ne veut pas dire que nous devons accepter les antibiotiques dans notre nourriture. Cela signifie-t-il alors que nous changeons le business de la nourriture pour faire en sorte qu’elle est sûre tout en protégeant les moyens de subsistance ?

Il y a un défi alimentaire qui pourrait peut-être apporter des réponses à nos questions. La nourriture ne doit pas seulement être sûre, elle doit également être nutritive. Aujourd’hui, le monde cède à la panique concernant le fait que la nourriture est peu nutritive soit concentrée en calories vides et mauvaise pour la santé. Il a été prouvé qu’une mauvaise alimentation est directement liée à l’explosion de maladies non-transmissibles dans le monde. C’en est assez de dire que cela suffit mais de ne pas agir.

La réponse est de penser à un modèle différent pour l’agroalimentaire. Ce ne peut pas être une solution toute prête venant de la production industrielle. Il doit être basé sur des objectifs sociétaux de nutrition, de moyens de subsistance et de sécurité alimentaire d’abord et de bénéfices ensuite. Si nous y arrivons, alors nous mangerons bien.

Voir en ligne : http://www.downtoearth.org.in/conte...

Notre Terre n°42, Septembre 2013

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