Compte-rendu de la soirée AlimenTERRE "LoveMEATender" mercredi 13 novembre 2013

Publié le : , par  Morgane

Film LOVEMEATENDER (2011)
Réalisateur : Manu Coeman

débat avec :

  • Annick Le Guével : représentante syndicat FGA-CFDT de GAD à Josselin
  • André Pochon, agriculteur retraité et fondateur du réseau Agriculture Durable
  • Laurent Kerlir, éleveur et président de la chambre d’agriculture (56)
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    AlimenTERRE 2013 / photo : A. Le Sann

Avis des intervenants sur le film

Faut-il revoir notre modèle d’élevage ?

Réaction de Laurent Kerlir :
« Je pense que le film est très caricatural sur beaucoup de choses
On ne se retrouve pas forcément dans ce qui est dit dans le film mais il est vrai que l’agriculture Bretonne a fait beaucoup d’erreurs.
Il y a pas mal de choses à améliorer.
Oui effectivement il faudrait revoir notre modèle d’élevage.
Tout cela à cause de la libéralisation, de ce qui se passe en Europe, qui annonce qu’à partir de 2014, il n’y aura plus de quotas laitiers, la distribution des aides en Europe a changé ».

Réaction Annick Le Guével :
« Je trouve dommage que la régulation des marchés en Europe n’aille pas plus vite au niveau politique. C’est regrettable qu’il n’y ait pas assez d’anticipation au niveau de la filière.
La fermeture des usines entraine une perturbation totale dans l’organisation du travail non seulement mais aussi perturbe le rythme des salariés qui sont passés de l’abattage de 24 000 porcs à 45 000 porcs ».

Réaction d’André Pochon :
Il nous livre son regard sur l’élevage en Bretagne aujourd’hui.
« J’ai été témoin et acteur de l’évolution de l’élevage depuis 45 ans. En développant la production laitière, on a aussi multiplié par 4 ou 5 la production porcine, je sais ce que je dis car j’ai été le plus gros producteur de porcs de la région.
Je me pose la question de savoir pourquoi un type de développement qui a fait ses preuves économiques bascule en mois de 2 ans ?
Et bien tout simplement parce qu’avant les vaches étaient nourris avec de l’herbe et de la betterave et depuis que la porte est ouverte à l’élevage industriel, elles sont nourries de maïs et de soja.
La politique d’agricole commune(PAC) a bouleversé la liaison avec le marché.
La situation est aggravée par le prix mondial du soja alors que les protéines étaient gratuites.
La situation géopolitique a changé et le prix mondial du soja a augmenté.
Je prêche pour un développement autonome, économique, à forte valeur ajoutée et revenir à nourrir les animaux à l’herbe car le soja est trop cher.
Il est très couteux de nourrir ses exploitations avec du soja, donc la seule solution est de revenir à l’herbe et en même temps on évite la pollution ».

Question du public aux intervenants

Quelle est votre vision du modèle d’élevage actuel et que préconisez-vous pour l’améliorer ?

Laurent Kerlir :
« Je pense que le modèle a un gros manque d’anticipation.
En ce moment les abattoirs fonctionnent à 55% donc ils ne travaillent pas à plein, tout ceci résulte des erreurs qui ont été faites, au contexte de crise, à la dérégulation des marchés européens et à un coût des aliments qui flambe.
Il faudrait consommer local et quand je parle de local je me limite au Morbihan, Bretagne, France.
Je pense que l’agriculture écologiquement performante est capable de produire propre et répartir mieux la production de déchets organiques sur le Morbihan.
Le Morbihan n’est plus globalement en excédent structural d’azote ».

Annick Le Guével 
« Je pense qu’il faut anticiper la formation, sécuriser les parcours professionnels conventionnels. »

Question à André Pochon sur le passage de l’agriculture traditionnelle vers l’agriculture intensive

André Pochon :
« On est rentré dans une agriculture intensive. Ce basculement a entrainé une perte de familles paysannes, et d’ouvriers.
Il faut produire local, de la qualité ».

Laurent Kerlir :
« Je pense que personne n’est plus compétitif que les Bretons

Question à Laurent Kerlir
Les produits OGM pensez-vous que ça soit sain ?

« Quand on parle d’alimentation saine il y a plusieurs critères à prendre en compte.
La qualité sanitaire a été améliorée. Tant qu’on ne manque pas d’aliments, on n’a pas besoin d’OGM.
On est victime quand on importe aujourd’hui.
Le monde du végétal est organisé et ne dépend plus des autres pays, ce qui n’est pas le cas pour le monde de l’élevage car il y a un manque d’organisation ».

Réaction d’André Pochon sur les OGM

« Les OGM on en mange car ils sont présents dans le soja comme par exemple le lait.
Le problème primordial c’est l’importation du soja.

Question à Laurent Kerlir sur les aides

Laurent Kerlir :
« Il faudrait trouver un système pour ramener l’aide à l’actif. Aujourd’hui les charges augmentent, les conditions de travail ont changé, on n’arrive plus à trouver des salariés capables de travailler dans les exploitations ».
« On produit proprement car les intrants sont plus chers, la pollution est liée à une sur-fertilisation.
Nous sommes pour des aides limitées à 50 ha. ».

Question à Laurent Kerlir sur la santé des consommateurs liés à leur consommation, exemple Maladie Cardio-vasculaire (MCV)

Laurent Kerlir :
« Je pense que les MCV sont dues au fait de manger gras, et je précise qu’il n’y a pas forcément lieu de manger de la viande.

Question sur le modèle d’agriculture anglais

Laurent Kerlir
« Le modèle ESB n’est pas une référence pour nous ».

Question sur les productions animales : Quel est la position des éleveurs pour éviter le massacre des veaux mâles dans les troupeaux laitiers ?

Laurent Kerlir :
« Les veaux mâles n’ont plus de débouchés, c’est une des viandes les plus chères. On n’est plus compétitif sur la viande de veau. Alors la question est : qu’est ce qu’on fait de nos petits mâles ? ».

Question sur la part des dépenses dans notre alimentation (15%). Comment améliorer la qualité de notre alimentation et le revenu des agriculteurs ?

Laurent Kerlir
« Effectivement 15 % à 20% de nos revenus sont consacrés à notre alimentation pour les aliments qui quittent nos exploitations c’est de 4 à 5 %.
Concernant le revenu des agriculteurs, il n’y a pas de salaire sans un minimum de revenu ».

Question sur l’agriculture de demain : quel modèle d’agriculture développer pour s’adapter à l’évolution sachant que la population mondiale augmente, les terres fertiles sont déjà utilisées… ?

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André Pochon / photo : Alain Le Sann

André Pochon :
« Je préconise une agriculture familiale, autonome, économique, à forte valeur ajoutée. Nourrir les animaux à l’herbe pâturée pour lutter aussi contre l’effet de serre.
Et il faut savoir que l’élevage sur litière pour les porcs ramène de la matière organique ».

Laurent Kerlir :
« Je pense qu’il n’y a pas de modèle idéal d’agriculture. Il faudrait déstabiliser les pays apportant les restes à l’Afrique, mettre en place des régulations et éviter les transports d’un continent à l’autre.
Les importations de soja contribuent à la déforestation.
Des mesures sont prises en ce moment notamment par la Chambre d’ Agriculture du Morbihan, qui lutte pour faire connaitre les producteurs locaux, en organisant des ventes directes et aide les consommateurs à s’approvisionner en local.
Il faudrait remettre du bon sens, mettre en place une charte de l’alimentation dans la restauration collective, et pour consommer local, et ainsi on saura regarder la qualité et la provenance des produits ».

Ndeye Mama DIARRA, stagiaire au Crisla

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