Compte-rendu de la soirée AlimenTERRE "Taste the waste" à Ploemeur mercredi 20 novembre 2013

Publié le : , par  Morgane

Film : TASTE THE WASTE (2011)
Réalisateur : Valentin Thurn

Débat avec :

  • Thierry Dereux, président de Côtes d’Armor Nature Environnement
  • Christian Bigard, responsable de la restauration municipale de Ploemeur
  • Daouda Diagne, Docteur en sociologie Rurale, Consultant International, Sénégal.

Avis des intervenants sur le film

Thierry Dereux :
« Je pense que ce film insiste sur l’importance de l’alimentation.
A travers ses expériences, France Nature Environnement (FNE) s’intéresse à la chaine alimentaire de A à Z. Depuis 2005, FNE travaille sur le gaspillage alimentaire. On a mis en place des opérations pour sensibiliser, par exemple des opérations sur les invendus alimentaires et on a utilisé les medias pour vanter cette opération. On participe ainsi à la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Le 9 septembre 2013, on a signé avec une école communale un pacte anti-gaspillage. En novembre 2013, FNE a organisé une campagne pour le grand public sur comment utiliser les restes ».

Daouda Diagne :
« Chez nous au Sénégal on a un rapport très particulier avec la nourriture. On garde les restes pour le diner, le déjeuner ou encore le goûter.
Cela me choque de voir de la nourriture jetée, ce n’est pas dans notre culture. Il y a quelques années en Bretagne j’ai vu des producteurs de lait verser du lait, j’ai posé la question pour en savoir les raisons et on m’a répondu que c’étaient à cause des quotas laitiers, j’étais vraiment surpris devant ce phénomène. Je pense qu’il y a une surconsommation dans le monde.
Il faut se baser sur le concept de souveraineté alimentaire c’est-à-dire manger ce que l’on produit et produire ce que l’on mange.
On est dans une chaine qui induit du gaspillage, dans le secteur de la distribution et du côté des consommateurs.
Nous devons construire une souveraineté alimentaire. Et savoir comment influer sur ces mécanismes ».

Christian Bigard :
« Je pense que la politique d’achat est contrôlée. Dans la cuisine centrale de Ploemeur, on fait un travail de fond pour prévoir nos besoins les plus justes.
On sait combien on a besoin pour produire nos repas, tout est précis, on fait pratiquement « Zéro » déchet. Je pense que le film révèle l’absurdité de notre système économique. On produit des choses inutiles au détriment des autres pays ».

Questions du public aux intervenants
Comment influencer la consommation dans le bon sens ?

Christian Bigard :
« Nous respectons l’origine et les critères économiques, écologiques des produits.
On favorise l’achat en circuit court, exemple nous prenons nos poissons au port de pêche de Lorient, on respecte la saisonnalité des produits, et nous faisons un travail auprès des agents qui sont auprès des enfants.
Nous respectons les apports nutritionnels recommandés, on ajuste les portions pour continuer à proposer les produits
Il faut s’habituer à de nouveaux goûts, il y a 10 ans, 50% des choux fleurs étaient jetés dans nos cantines et maintenant en changeant la façon de faire, non seulement on n’a plus de déchet mais on n’en a plus assez.
Tous ce que l’on produit et qui va à la poubelle à un coût scandaleux ».

Combien paye un enfant par repas en cantine ?

Christian Bigard :
« En termes de coût à Ploemeur, cela varie en fonction du quotient familial Mais sachez que cela ne couvre pas le coût réel de la livraison ».

Comment cela se fait-il qu’il n’y ait pas de variation sur les recettes ?

Christian Bigard :
« Il faut présenter un produit plusieurs fois à un enfant en jouant sur la présentation, le grammage, exemple en proposant le fromage en début de repas aux enfants, on a des taux de déchet très faible.
On identifie le niveau de consommation et les corrections à mettre en œuvre.
Nous jouons sur la présentation, la façon de cuisiner le produit, il y a une vraie synergie à tous les niveaux. Nous essayons de faire de la qualité à un coût respectable ».

Sur quoi les décisionnaires se fondent pour mettre tout ces normes en place ?

Thierry Dereux
« Notre fédération essaye avec difficultés d’y remédier. Nous sommes dans des débats très complexes. On médiatise pour sensibiliser au niveau de l’Europe.
Le groupe Danone fait des efforts suite à la mobilisation des associations ».

Pourquoi ne pas donner ces produits aux associations alimentaires ?

Christian Bigard
« Nous ne pouvons pas donner ces restes aux associations d’aide alimentaire car il y a une réglementation, on a une certaine responsabilité. On est responsable de ce qu’on produit jusqu’à la consommation ».

Comment cela se fait-il que certains pays font des cultures non adaptées à leurs sols ?

Daouda Diagne :
« Nos culture étaient adaptées aux sols, le problème est que le sol est lessivé après plusieurs siècles de colonisation et de cultures d’exportation ( arachide).
Dans la grande distribution, il y a une grande partie transporté de l’autre côté c’est-à-dire en Afrique et ces produits là sont vendus presque rien là-bas.
Exemple à Dakar les produits sont vendus dans les rues pour que le Dakarois moyen puisse les acheter. C’est un système bien huilé.
Il n’est pas normal que les Sénégalais mangent du riz venu de Chine ou d’ailleurs alors qu’on produit nous-même du riz.
Dans tout cela je pense qu’il y a une responsabilité citoyenne ».

Question sur l’hygiène : Ne pensez-vous pas qu’on soit manipulé par le système ?

Thierry Dereux :
« Nous sommes toujours en tain de payer les conséquences de la vache folle, raison pour laquelle il y a plusieurs réglementations ».

Quelles sont les actions menées au Sénégal pour lutter contre ce phénomène de gaspillage ?

Daouda Diagne :
« Notre première idée est de produire ce que l’on mange et manger ce que l’on produit, ceci est la base de la souveraineté alimentaire.
Nous voulons une exploitation agricole afin de récupérer les parts de marchés et créer de la valeur ajoutée.
En ce moment nous sommes en train de négocier avec la CEDAO (Communauté Economique des États de L’Afrique de l’Ouest) pour la création d’un marché sous-régional valorisant les produits côtiers, pour mener le combat et prendre des décisions nous même ».

Est-ce que vous avez la possibilité de mener des campagnes de prévention auprès des jeunes au niveau scolaire ?

Thierry Dereux :
« Oui bien sûr, notre mission est de sensibiliser toute la population y compris les jeunes, cependant il faut trouver des volontaires pour cela. Il faut déverrouiller les freins ».

Christian Bigard :
« Cela existe déjà à Ploemeur, avec le label « éco-école » pour sensibiliser et accompagner les enfants car ils sont les vecteurs les plus efficaces pour modifier les choses ».

voir aussi l’article réalisé dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale http://www.lasemaine.org/la-semaine-en-images/projection-debat-sur-le-gaspillage-alimentaire-a-ploemeur-en-bretagne

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stand librairie Sillage de Ploemeur
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invités de gauche à droite : Christian Bigard, Daouda Diagne, Bernard Schmitt (animateur) et Thierry Dereux

photos de Robert Le Gall

Ndeye Mama DIARRA, stagiaire au Crisla

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