Compte-rendu de la soirée AlimenTERRE "Les déportés du libre échange" et "Nouadhibou, les poissons ne font pas l’amitié"

Publié le : , par  Morgane

Compte rendu de la soirée AlimenTERRE, Mercredi 27 novembre 2013

Film : Nouadhibou, les poissons ne font pas l’amitié
Réalisateur : François Reinhardt, 2011
Intervenant : Mustapha El Kettab, responsable du centre européen de formation continue maritime à Lorient.

ET

Film : Les déportés du libre échange
Réalisateur : Marie-Monique Robin, 2012
Intervenant : Jean Cabaret, représentant de la confédération paysanne

Animateur : Alain Le Sann

Réaction de Jean Cabaret sur le film « Les déportés du libre échange »
Voir le film a été une émotion car j’ai eu à côtoyer des mexicains.
Il y a quelques années, j’ai été aux États-Unis, j’ai vu des mexicains vivre dans des conditions très dures ; il y avait un mur dressé entre eux et les américains, je trouve cela dramatique, ils vivent dans des ghettos et ne peuvent rien revendiquer au risque de se faire expulser du territoire américain. C’est ce qui nous pend au nez avec l’accord UE-États-Unis. Sans dramatiser, je pense qu’à travers l’union européenne les firmes internationales brisent les règles de protection.
On est optimiste quand on parle de souveraineté alimentaire. Il y a des choses à mettre en avant, cela fait partie du droit de s’alimenter. Il est important de se mobiliser et de garder son autonomie.

Réaction de Mustapha El Kettab
Je pense qu’il y a une similitude entre le film « Les déportés du libre échange » et « Nouadhibou, les poissons ne font pas l’amitié » d’un côté nous avons ce paysan qui n’arrive plus à vivre de sa récolte et de l’autre côté nous avons ce pêcheur qui n’arrive plus à vivre de sa pêche et ces deux situations sont provoquées par des accords commerciaux. Lors d’une conférence entre la Chine et l’Afrique, le président chinois a dit que, pour les produits de la pêche, la Chine est prête à acheter la totalité de la production africaine en payant le triple de ce que paye l’Europe. L’alimentation en Mauritanie est une vraie problématique. Il faut savoir qu’en Mauritanie il y a une famine saisonnière, cette famine ne peut être compensée que par la production locale et si celle-ci est exportée, cela engendre une carence. Je pense qu’avec ou sans accord de pêche, il y a du pillage. Il y a un cadre qui profite à l’État, ce cadre me gène car il n y a pas d’égalité ; d’un côté il y a les chalutiers étrangers et de l’autre les pirogues des petits pêcheurs.
En ce moment en Mauritanie, il y a un développement phénoménal de la production de farine de poisson à partir de la sardinelle, qui est un aliment de base des Mauritaniens.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi il y a tant d’épaves sur le port de Nouadhibou ?

Mustapha El Kettab
La Mauritanie est un État récent, parti de rien. Toutes les nationalités ont laissé des épaves et nombre d’entre elles sont bretonnes. C’était la loi de la jungle, il y a des épaves qui datent de la première guerre mondiale et, par manque de moyen, le gouvernement ne peut pas les enlever.

Quel est le point de vue de ces gouvernements qui signent ces accords ?

Jean Cabaret :
Si un État peut élaborer des stratégies, cela veut dire qu’il arrive à des tractations, les pays comme la Mauritanie ou encore le Mexique sont dominés et c’est un vrai problème. Il y a un génocide économique réel. Les terres se retrouvent dans les capitaux d’autres pays.

Mustapha El Kettab :
Je pense que, dans les accords de pêche, règne la loi du plus fort.
Il faut savoir que les accords de pêche existaient depuis longtemps mais sous le nom d’accord bilatéral. Les espagnols sont essentiellement présents et exercent une pression sur le Maroc. Les petits pêcheurs payent les pots cassés.

Alain Le Sann
Je pense qu’il est important de préciser que l’Etat Mauritanien a fait réserver aux Mauritaniens la pêche aux céphalopodes et que l’Espagne était contre cette décision.

Est-ce qu’il y a des actions menées par des pêcheurs pour lutter contre ces phénomènes ?

Mustapha El Kettab :
Il y a une prise de conscience de la part des pêcheurs mauritaniens et des mouvements sont crées pour les représenter

Alain Le sann :
Au Sénégal, pendant le gouvernement d’Abdoulaye Wade, l’État avait bradé et livré la pêche à des Russes, mais le pays s’est manifesté en créant des mouvements.
La mer est grande, alors je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas d’arrangement sur le partage.

Mustapha El Kettab :
Je ne suis pas contre les accords de pêche mais la question est, qu’est ce qu’on met dans ces accords ? Il faut que la balance soit équilibrée c’est-à-dire gagnant-gagnant. Il y a possibilité de trouver un niveau de satisfaction.

Intervention de Jean Michel Le Ry

J’ai passé un mois et demi en Mauritanie et je me suis intéressé à la filière de la pêche. Sur les accords de pêche, j’ai appris que l’Europe est une structure ambiguë. On a notre côté humaniste et donc on ne fait pas que du pillage. Dans les accords de pêche, l’Europe verse à la Mauritanie une somme considérable, environ 70 millions. Le gouvernement mauritanien reçoit de l’argent de la part de l’Europe pour la formation des jeunes, la recherche, le soutien pour la pêche artisanale, les contrôles sur les ports…En pratique, tout cela n’est pas toujours fait. Pour 15 chalutiers européens, il y en a 65 autres qui viennent pêcher les pélagiques sans accord. Pour les espèces de fond, il y a 70 bateaux européens sur 140.
Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a des accords privés, on voit des chalutiers soit disant mauritanien avec un équipage chinois. Qu’il y ait un accord officiel ou officieux, il y a pillage. La Mauritanie a signé les accords de l’OMC, leurs poulpes vont se vendre 3 fois plus cher, le commerce mondiale les rafle.

Il semblerait qu’on s’oriente vers un accord dans l’agriculture à l’OMC ?

Jean Cabaret :
Il y a trois groupes de pays : les pays riches, les pays intermédiaires et les autres. Le Brésil ou encore l’Inde disent qu’ils ont besoin d’exporter leurs produits, cela peut se faire au détriment d’autres pays, c’est le principe du libre échange.

Intervention du public :
Vu que les accords sont toujours violés, il faudrait rétablir l’ordre dans cette affaire.

Est-ce qu’il y a aujourd’hui un débat international entre souveraineté alimentaire d’une part et spéculation et libre échange d’autre part ?

Jean Cabaret :
Quand on a commencé à parler de souveraineté alimentaire, on visait plus la sécurité alimentaire. Maintenant, la sécurité alimentaire est liée au commerce et la souveraineté alimentaire à l’autodétermination des pays.

Alain Le Sann :
Le libre échange n’est pas seulement un échange de marchandises, c’est le démantèlement des spécificités sociales, culturelles, et personne ne veut remettre cela en question. On affaiblit tout le système de protection sociale.

Est-ce qu’il y a des mouvements internationaux pour lutter contre ce phénomène  ?

Jean Cabaret :
Oui il y a des mouvements internationaux, comme Via Campesina, qui lutte pour le droit des populations, des paysans sans terres et le droit à la souveraineté alimentaire. En France on se bat pour utiliser nos propres semences et on est accusé de faire de la contre façon. Mais la population paysanne est de plus en plus réduite.

Mustapha El Kettab :
Le problème est démocratique. Les citoyens sont de plus en plus informés de ce qui se passe grâce à la presse. La démocratisation est le secret de la défense, la situation trouvera sa réponse au niveau local.

Est-ce qu’on peut nier la problématique de la pérennité de la pêche ?

Mustapha El Kettab :
Certes il y a une baisse des ressources mais il faut regarder au cas par cas et ne pas généraliser. On se demande si la ressource va disparaître ? Moi je dis non car elle se renouvelle ; mais les pêcheurs risquent de disparaître avant la ressource.
On lève une banderole pour dire que la ressource est en danger mais on ne dit pas que la population est en danger ».

Alain Le Sann
Greenpeace défend souvent des causes justes, mais ne se remet pas en cause. Il y a des structures mises en place par la banque mondiale dans le cadre des partenariats public-privé dont des ONG environnementalistes. Celles-ci utilisent le catastrophisme de la ressource pour faire passer des messages politiques. Je pense qu’il faut se méfier de ce discours là. Si on met en cause toute la pêcherie des grands fonds et qu’on la supprime, la pêche va se replier sur les côtes. Il faut faire attention aux discours environnementalistes. L’enfer des pécheurs résulte du comportement des environnementalistes ».

Quelles mesures ont été prises au niveau de la PAC ?

Jean Cabaret
Au niveau de la PAC (politique agriculture commune), on s’aperçoit que l’Union Européenne à mis en œuvre des dispositifs de « verdissement ».
Je pense qu’on pouvait aller plus loin dans la redistribution ; il faut une agriculture créatrice d’emplois ; il y avait moyen de faire mieux concernant la répartition des aides et, pourquoi pas, les conditionner à la fluctuation des prix. En ce moment on perçoit la même prime quelque soit le produit vendu, cette époque doit être révolue, il faut distribuer les aides d’une autre manière.

Alain Le Sann
Je pense qu’on voit se développer un modèle alternatif, la société bouge dans sa profondeur. Dans toutes les discussions que nous avons eues depuis le début de ce festival il ressort du positif ; les dialogues et les débats ont fait la richesse de ce festival.
On est tous d’accord sur le fait de consommer et s’approvisionner local.

Ndeye Mama DIARRA, stagiaire au Crisla.

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