Action locale, bénéfices mondiaux Act locally, benefit globally

Publié le : , par  Morgane, Narain Sunita

Editorial de Sunita Narain

Down To Earth, 1-15 avril 2015
Traduction : Laurianne Colak, stagiaire au Crisla.

Voici une histoire vraie des trois problèmes épineux du monde, une opportunité et une nouvelle façon de faire face aux défis mondiaux.

Le changement climatique que nous connaissons suffisamment pour en parler avec insistance est un problème épineux. C’est en 1992 que le monde a commencé son voyage officiel pour réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) avec la signature de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à Rio lors du Sommet de la Terre. Plus de 20 ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Le temps est de plus en plus imprévisible, plus extrême et nous sommes tous en danger. Pire encore, le monde ne parvient pas à négocier la façon dont il va partager la croissance économique qui est intimement liée aux émissions de CO2.

La pollution de l’air dans nos villes est un autre problème épineux. Dans les années 1990, Delhi commença son voyage pour purifier son air. Elle a changé son carburant pour passer au gaz naturel liquéfié, qui émet beaucoup moins que les carburants conventionnels comme le diesel. Elle a utilisé un carburant plus propre pour faire fonctionner ses véhicules de transport public. Mais au moment où cela est arrivé, le nombre de véhicules privés a bondi. Pire encore, l’utilisation de diesel a augmenté. Par conséquent, la pollution est de retour comme une vengeance.

Après des années d’évolution vers le monde « moderne », 2.67 milliards de personnes – soit plus de 40 pour cent des habitants de la planète – brûlent encore la biomasse dans leurs foyers inefficaces et polluants. Voilà un autre problème épineux. Les efforts visant à fournir de l’énergie propre pour la cuisson ont commencé au début des années 1980, quand le monde s’est inquiété, non pas de la pollution provenant des foyers, mais de la perspective de déforestation en raison de la collecte de bois de chauffage. Cela n’a pas été le cas dans un pays comme l’Inde. Même aujourd’hui les Indiens ruraux et pauvres, constituant 75 pour cent de la population, utilisent des foyers inefficaces et inhalent des éléments toxiques qui sont dorénavant considérés comme les tueurs numéro un dans le monde.

Alors, comment ces trois problèmes épineux sont-ils liés ? La réponse se trouve au cœur sombre de la particule appelée noir de carbone, qui est émise par les véhicules diesel, les foyers et les fours à briques. Jusqu’à présent, la particule a été considérée comme un polluant local. Aujourd’hui, nous savons qu’une part de cette pollution comprend du noir de carbone, qui peut absorber la chaleur et réchauffer l’atmosphère environnante. Par conséquent, ce n’est pas seulement un polluant local, il a des impacts sur le réchauffement global. L’importance de son potentiel de réchauffement est encore en discussion, mais le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a doublé son estimation du réchauffement par les aérosols composés de noir de carbone par rapport à son précédent rapport. Donc, il y a une opportunité de double avantage : réduire les émissions des véhicules diesel et ceux des foyers, et obtenir l’avantage supplémentaire de lutter contre le changement climatique.

Combien et comment ? Le dialogue d’Anil Agarwal 2015 - un événement annuel organisé par le Centre pour la science et l’environnement (CSE) en mémoire de son fondateur-directeur et environnementaliste- en a discuté en mars dernier. La question clé qui a émergé est que le monde a besoin d’agir différemment ; il faut reconnaître que l’action globale sera locale.

En d’autres termes, le monde doit reconnaître que le noir de carbone est un polluant local et que l’action doit être orientée pour répondre aux problèmes qu’il pose localement pour la santé. Le bénéfice associé est important, mais secondaire. En outre, il doit être clair que le noir de carbone ne doit pas détourner le monde de son programme de réduction du CO2. Nous savons que le CO2 a une longue durée de vie dans l’atmosphère - une fois émis, il reste pendant environ 100 ans et, par conséquent, détermine le changement de température sur le long terme.
Le noir de carbone a une courte durée de vie, de moins de huit jours, de sorte que tout effort visant à le réduire apporte des avantages immédiats. Plus important encore, le noir de carbone ne peut pas devenir un substitut aux mesures concrètes visant à réduire le CO2. Il ne peut pas non plus être utilisé pour rejeter la faute et le fardeau sur le monde en développement.

Il est également clair que l’action sur le noir de carbone doit faire une distinction entre les émissions de luxe provenant des véhicules diesel et les émissions provenant des foyers des pauvres. Non seulement parce que la politique l’exige, mais aussi parce que la science le demande. Le fait est que les émissions de diesel ont une part plus élevée du noir de carbone absorbant la lumière, qui a un impact certain sur le réchauffement. Les foyers à base de biomasse ont une proportion plus élevée de carbone organique qui diffuse la lumière du soleil et rafraîchit l’atmosphère.

Alors que les émissions de luxe doivent être ciblées de manière ferme pour les deux avantages, locaux et mondiaux, les émissions de survie des pauvres ont besoin de mesures de soutien et de mise en œuvre. Et même si cette action demande aux pays de fournir du GPL, l’énergie des combustibles fossiles pour la cuisson, alors ils doivent le faire. Les besoins énergétiques des pauvres ne peuvent pas être pris en otage, quand les riches du monde sont accros aux combustibles fossiles et sont la cause de changements catastrophiques dans notre climat. Cela suggère donc que le monde peut agir différemment. Aujourd’hui, c’est les pauvres du monde qui ne sont pas encore dans le piège des énergies fossiles. Ils peuvent conduire, cuisiner ou construire des maisons de la manière la plus propre et plus écologique.

Cette volonté, cependant, exige des leaders mondiaux une nouvelle façon d’« assurer leur leadership ». Ce n’est pas ce que nous voyons aujourd’hui : les préoccupations nationales masquées par un débat mondial.

Notre Terre n°43, septembre 2015

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