Venir à bout du charbon Coming to grips with coal

Publié le : , par  Morgane

Down To Earth, 16-28 février 2015
Traduction : Laurianne Colak, stagiaire au Crisla

L’utilisation du charbon en Inde est sur le point d’augmenter. Comment l’Inde peut-elle réduire son impact ?

Selon les estimations officielles de l’Inde, il faudrait quadrupler la production d’électricité du pays d’ici 2031, avec un minimum de 600 GW supplémentaires de capacité de production essentiellement basée sur le charbon, pour satisfaire sa demande énergétique. Cela aura d’importantes conséquences sur l’environnement et sur la disponibilité des ressources. En outre, la qualité du charbon indien n’a cessé de diminuer au cours des dernières décennies. Cela aggraverait encore les impacts environnementaux.

L’émission de cendres volantes sera l’une des conséquences les plus directes de l’utilisation croissante du charbon de basse qualité. Actuellement, environ un milliard de tonnes de cendres produites de 1996 à 2013 sont inutilisées en Inde. Avec l’augmentation de la capacité de combustion de charbon, la production de cendres va plus que doubler d’ici 2021, passant de 163 millions de tonnes en 2012-13 à 300 millions de tonnes en 2021. Où ira cette cendre ?

L’eau douce est une autre ressource clé qui serait touchée. En 2011-12, le secteur a utilisé 22,3 milliards de m3 d’eau douce, ce qui représente plus de la moitié des besoins totaux en eau domestique de l’Inde. La capacité future de 126 GW par les centrales à charbon devrait être basée sur les systèmes de refroidissement d’eau les plus efficaces, tandis que les anciennes centrales inefficaces seront lentement misent à l’arrêt, ce qui entraînera une légère augmentation des prélèvements d’eau à 24 milliards de m3 d’ici 2021-22, avec une forte augmentation de la production.

Cependant, on prévoit que la consommation d’eau augmentera de près de 83 pour cent, soit de 2,9 milliards de m3 à 5,3 milliards de m3 en 2021-22. L’Inde étant déjà classée parmi les pays touchés par le stress hydrique, l’augmentation de l’utilisation et de la consommation va exercer une pression énorme sur ses ressources en eau.
Si l’Inde ne met pas en place des normes réglementaires plus strictes sur les émissions, la pollution atmosphérique sera également multipliée par trois d’ici 2021-22.

Les impacts environnementaux des projets de futures centrales thermiques au charbon sont susceptibles d’être concentrés dans quelques régions. Ceci est dû au fait que la plupart des centrales agréées par le ministère de l’Environnement de l’Union sont concentrées dans l’est et le centre de l’Inde, près des bassins houillers. De 2007 à Septembre 2014, le ministère a approuvé des projets de 232GW au total, une capacité nettement plus élevée que l’actuel.

Le Chhattisgarh, l’Odisha, le Jharkhand, le Bengale occidental et le Madhya Pradesh expliqueront 38 pour cent de l’ensemble de la capacité totale. Environ un cinquième de la future capacité sera installé sur les zones côtières. En l’absence d’évaluation globale des besoins et des impacts cumulés, les capacités supplémentaires proposées feront pression sur les ressources et aggraveront la pollution de ces zones, beaucoup d’entre elles sont déjà identifiées comme gravement polluées.

Cependant, tout n’est pas perdu. Le secteur de l’énergie du charbon a un immense potentiel d’amélioration. Les étapes suivantes peuvent amortir l’impact des centrales à charbon.

QUELQUES RECOMMANDATIONS

Les normes de pollution atmosphérique : l’Inde a besoin de normes plus strictes. Par exemple, pour les normes de particules, même les normes à 50 mg / Nm3 pour les nouvelles centrales restent au-dessus de la norme chinoise de 30 mg / Nm3 ; les normes pour les vieilles centrales ne devraient pas dépasser 100 mg / Nm3. Les normes nationales de NOx et de SOx doivent être établies rapidement. La surveillance doit être améliorée ; les contrôleurs devraient avoir le pouvoir d’imposer des sanctions sévères pour assurer la mise en application.

Les cendres : L’utilisation de l’eau pour l’évacuation et le transport des cendres doit être limitée. Les zones dédiées aux cendres, qui occupent en moyenne plus de 40 pour cent de la superficie totale de la centrale, doivent également être limitées. L’utilisation des cendres devrait être accompagnée par une politique encourageant son usage dans la construction des routes, la fabrication de briques et la construction. Les normes d’utilisation des cendres devraient prendre en compte la localisation de la centrale et les usages disponibles. Par exemple, une centrale éloignée d’une mine ne devrait pas avoir d’usine de ciment à proximité et ne devrait en utiliser qu’une quantité limitée.

La fermeture des centrales anciennes et inefficaces : la Chine a engagé un programme visant à remplacer des petites unités par d’autres plus grandes et plus efficaces, avec une politique de soutien incluant des incitations financières - 114 GW de capacités anciennes ont été fermées en une décennie. La Commission de planification de l’Inde a suggéré que les centrales âgées de plus de 30 ans et déviant à plus de 20 pour cent par rapport au projet d’origine devraient être arrêtées, mais la mise en œuvre reste inégale. Le ministère de l’énergie a déclaré qu’il a retiré 4 GW de capacités au cours du douzième plan : beaucoup plus de projets doivent être arrêtés.

Accélérer l’introduction des centrales supercritiques et ultra-supercritiques (SC / USC) : Le Plan national de l’électricité (2012) a conseillé au ministère de l’Environnement de l’Union de refuser les autorisations pour des projets basés sur la technologie sous-critique après 2012 et de n’autoriser aucune centrale à charbon pour les centrales sous-critiques après 2017. Malgré cela, le 12ème plan quinquennal prévoit que près de 50 pour cent de la capacité totale future au cours de la période serait basée sur la technologie des supercritiques. Les ministères doivent présenter un plan d’action visant à assurer que les centrales à venir utilisent seulement des technologies supercritiques et ultra-supercritiques.

Une meilleure gestion de l’eau : Les lignes directrices réglementaires devraient décourager l’utilisation excessive de l’eau. Les meilleures pratiques devraient guider l’approbation des besoins en eau. Plus important encore, les tarifs de l’eau utilisée par les centrales devraient être augmentés. Les règlements devraient obligatoirement mesurer l’utilisation de l’eau pour chaque zone de consommation importante dans une centrale, par exemple, les tours de refroidissement. Ainsi, il sera plus facile de surveiller les zones de consommation excessive et de prendre des mesures de réduction.

Les incitations à l’efficacité : Dans la structure tarifaire actuelle, les centrales sont encouragées à respecter simplement des points de repères d’efficacité. La structure tarifaire devrait incorporer les améliorations d’efficacité qui sont basées sur la performance réelle.

La politique énergétique intégrée : les besoins croissants en énergie en Inde sont souvent cités comme la raison fondamentale pour accélérer sa capacité de puissance thermique. Cependant, il semble que la capacité supplémentaire à base de charbon ne soit pas nécessaire à court terme. Alors que la capacité de production totale de l’Inde se situait à 238 GW au début de 2014, la disponibilité était seulement 130 GW en 2013-14 - le pays faisait face à un pic de déficit de 4,5 pour cent. Ces déficits, ainsi que la demande accrue dans les années à venir, peuvent être satisfaites si l’utilisation réelle de la capacité des centrales à charbon peut être améliorée par rapport aux faibles niveaux de 65 pour cent en 2013-14.

L’Inde doit veiller à ce que les centrales à charbon utilisent pleinement leur capacité avec efficacité. Lorsqu’il y a des pics de demande au cours de la journée, ce qui est typiquement le cas en Inde, l’énergie solaire peut répondre aux besoins. Une politique intégrée de l’énergie par des énergies renouvelables dans le mix peut répondre à plusieurs objectifs dont l’amélioration de l’accès à l’énergie et la réduction des besoins de capacité de centrales à charbon. Dans les prochaines années nous verrons également une augmentation de la pression par la communauté internationale pour réduire son intensité carbonique, l’Inde étant le 3e plus grand émetteur de GES après la Chine et les Etats-Unis. L’accroissement des investissements dans les énergies renouvelables ne sera pas de trop.

L’alignement des régulateurs : les régulateurs de l’environnement considèrent que l’efficacité est du domaine de la réglementation tarifaire, tandis que les régulateurs de puissance ne se sentent pas concernés par les questions environnementales. Une approche coordonnée entre l’environnement et les organismes de réglementation tarifaire permettrait de garantir que les normes de pollution sont réalistes, économiques et appropriées. Les régulateurs de puissance sont susceptibles de fixer les tarifs qui ne prennent pas en compte les coûts de l’environnement. Cela signifie qu’un producteur d’énergie qui investit dans le contrôle de la pollution et dont les coûts augmentent est désavantagé. Une solution consiste à tenir compte des coûts en établissant une hiérarchie des objectifs pour faire en sorte que les centrales modernes et les moins polluantes obtiennent la priorité sur les polluantes pour l’alimentation énergétique, même si leur coût est plus élevé.

Une autre solution consiste à incorporer des incitations tarifaires pour encourager une meilleure performance environnementale. Par exemple,la Chine l’a expérimenté avec une structure tarifaire où une partie significative dépend des niveaux d’émissions. Les régulateurs de la pollution et de l’énergie utilisent des systèmes de surveillance en continu en ligne pour assurer la conformité.

Les autorisations environnementales : les autorisations environnementales devraient exiger les meilleures technologies disponibles. En outre, une évaluation complète des coûts de dépollution de l’énergie à base de charbon devrait être faite. Ce coût devrait être ajouté dans le coût du projet de sorte qu’on puisse comparer la viabilité de diverses solutions alternatives. Cela peut aider à répondre à plusieurs objectifs : les régulateurs peuvent exiger des équipements supplémentaires de contrôle de la pollution pour réduire l’impact sur l’environnement ; le tarif peut être fixé en tenant compte des coûts environnementaux.

Leçon de Chine

La Chine offre des perspectives troublantes sur les impacts et les coûts de la croissance à grande échelle des centrales à charbon. Étant donné que la génération d’électricité à base de charbon de la Chine est presque cinq fois celle de l’Inde, la pollution de l’air est l’un des coûts les plus visibles qui a eu des effets graves sur la santé. Des études récentes sur la pollution de l’air de la Chine ont constaté que plus de 64 pour cent de la charge totale des polluants et plus de 60 pour cent de la PM 2,5 était le résultat de la combustion du charbon dans les usines et les centrales électriques.

Notre Terre n°43, septembre 2015

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