« Le 21ème siècle sera bleu » Karmenu Vella à Brest le 29 octobre 2015

Publié le : , par  Le Sann Alain

Le Commissaire européen à l’environnement et à la pêche a clairement exprimé sa vision des océans pour le 21ème siècle devant une délégation d’ONG à laquelle participait le Collectif Pêche & Développement.

Pour Karmenu Vella, l’océan est porteur des solutions aux problèmes continentaux, qu’il s’agisse de la nourriture, des énergies renouvelables ou de la biodiversité puisque les océans regroupent 90% de cette biodiversité. On peut pourtant s’inquiéter à divers titres de ces perspectives de croissance bleue : ne va-t-on pas plutôt transférer sur les océans les problèmes continentaux qui ont déjà un fort impact sur les océans (pollution) ? Le Commissaire considère que jusqu’ici, les océans ont été oubliés, sans doute par les terriens, mais n’est-ce pas une idée fausse si on considère que les océans sont depuis longtemps occupés par des hommes comme les navigateurs et les pêcheurs ? Ceux qui risquent d’être oubliés à l’avenir, ce sont les pêcheurs, sacrifiés au développement des champs éoliens, des élevages piscicoles intensifs, des extractions de sables et de minerais, des réserves marines. Les pêcheurs, comme cueilleurs, fournissent des aliments et des protéines de qualité pour un coût environnemental faible, bien inférieur à celui de l’élevage. Pourtant, ce sont eux qui risquent de payer le prix fort pour la nécessaire transition énergétique.
Comparaison de l’impact environnemental de la pêche et de l’élevage.

Pourtant, ce sont eux qui risquent de payer le prix fort pour la nécessaire transition énergétique. Leurs espaces d’activité sont réduits par le développement des champs éoliens, l’extension des réserves marines intégrales, les zones d’extraction.
Carte de l’Atlas Permanent de la mer et du littoral : les risques littoraux et maritimes. LETG- Nantes Géolittomer, UMR 6554 CNRS, 92 p, juin 2015

Certains, comme Pascal Lamy, au nom de la Global Ocean Commission, créée par PEW, demandent la fin de la détaxe carburant pour la pêche. Imaginons une telle proposition appliquée à l’agriculture et la réaction des paysans si on leur imposait cela sans concertation. Les pêcheurs sont si peu nombreux qu’on peut essayer de tout leur imposer. Plusieurs ONGE et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) considèrent que les réserves marines sont d’excellentes zones pour stocker le carbone, comme les forêts à terre. Le WWF propose de financer les AMP par la vente de crédits carbone que génèrent ces AMP. On pourrait même demander aux pêcheurs d’acheter ces crédits pour avoir accès à la pêche sur les marges des réserves alimentées en poissons par ces zones interdites à la pêche. Au nom de la protection des océans, les pêcheurs, déjà accusés de détruire les stocks, les fonds, les écosystèmes, devraient maintenant être les premiers à payer le prix de la transition énergétique au prix fort, sans considération pour leur rôle fondamental dans la fourniture d’aliments essentiels. Les pêcheurs ont montré, en Bretagne en particulier, qu’ils sont capables de mettre en œuvre et de soutenir des politiques de protection des écosystèmes, de la biodiversité. Ils savent qu’ils seront, comme tout le monde, confrontés à la nécessité de la décarbonisation de l’énergie, mais ils veulent rester des acteurs respectés de ces politiques.

Alain Le Sann, Collectif Pêche et Développement

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77 Bulletin Pêche et Développement 123, novembre 2015

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