L’Europe des pêches se prépare-t-elle à Malte avec les économistes ultra-libéraux, sans concertation avec les pêcheurs ?

Publié le : , par  Collectif Pêche et Développement

Les 4 et 5 Février, se tiendra à Malte, une conférence organisée par l’association européenne des économistes des pêches(EAFE), en présence de Karmenu Vella, le commissaire européen en charge de la pêche et de l’environnement.

De telles conférences préparent à moyen terme l’évolution des politiques des pêches sur la base de nouveaux concepts et de nouvelles approches. La récente réforme de la PCP a été centrée sur la dimension environnementale et le Rendement Maximum Durable (RMD). On sait que cette approche, discutable par sa rigidité, ne satisfait guère les économistes libéraux qui souhaitent promouvoir une approche économique fondée sur la recherche de la rente maximale. Celle-ci vise à réduire les coûts d’encadrement des pêches en les faisant supporter par les pêcheurs, mais au prix d’une réduction considérable de leur nombre. Les premières approches pour promouvoir cette politique ont déjà été préparées par des études et des rapports sur des expériences étrangères (Australie). Ce modèle est aussi mis en œuvre aux Etats Unis par la NOAA, sous l’impulsion de chercheurs (Costello) et de grandes ONG environnementalistes comme EDF (Environmental Defense Fund). Or, ce sont ces économistes libéraux qui seront les principaux intervenants de la conférence à Malte, avec les initiateurs des QIT en Islande, pourtant discutables et discutés dans le pays même. On voit que l’ONG américaine EDF y occupe une place importante et s’est manifestement investie pour influencer la politique européenne des pêches, après avoir sévi aux Etats Unis.
La Conférence prétend établir un Trilogue entre les scientifiques, l’administration et les parties prenantes. Les parties prenantes sont en fait les industriels de la pêche, de la transformation, de la distribution, des fondations comme Gulbenkian et EDF. Est-ce là la société civile que l’Europe devrait consulter ? Comme toujours, les voix des artisans qui constituent la grande majorité des pêcheurs, celles des femmes qui travaillent dans le secteur de la pêche, ne seront pas représentées. Pourtant, ils subissent déjà des contraintes au nom de la gestion par le RMD. Il y en aura d’autres à l’avenir, au nom de la recherche d’une rente maximale fondée sur la valorisation financière du capital naturel marin.
Lorient, le 12 janvier 2016
peche.dev@wanadoo.fr

75 Bulletin Pêche et Développement 125, janvier 2016

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